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« Malgré quelques ralentissements observables, la transformation de nos systèmes énergétiques ne va pas s’arrêter, mais devra relever de nombreux nouveaux défis », explique Nicolas Charton, directeur général chez E-CUBE Strategy Consultants.
En quinze ans, la transition énergétique en Suisse et dans le monde est passée du stade embryonnaire à celui de réalité concrète. La crise énergétique de 2022 en a par ailleurs consacré l’importance : l’explosion des prix des combustibles fossiles – en particulier du gaz – conjuguée à la faible disponibilité du parc nucléaire français, a mis en évidence le rôle crucial des productions renouvelables indigènes et de l’efficacité énergétique, tant du point de vue de la rentabilité économique que de celui de la résilience du système énergétique. Ainsi, un investissement éolien aurait pu être amorti en une seule année au pic de la crise.
Sur le plan environnemental, la hausse continue des températures mondiales confirme malheureusement les prévisions scientifiques et souligne l’urgence de la décarbonation énergétique. Cette réalité n’empêche toutefois pas la transition énergétique de se heurter à des vents contraires et de subir de fortes pressions. On observe notamment un ralentissement des engagements de décarbonation au sein des entreprises : après être passé d’environ 1 % à plus de 30 % en cinq ans, le nombre de sociétés se fixant un objectif de « net zéro » stagne (indicateur du MSCI Institute pour les entreprises cotées).
Par ailleurs, la consommation d’énergies fossiles continue d’augmenter à l’échelle mondiale. À un niveau plus local, les marchés du solaire et des pompes à chaleur reculent nettement (jusqu’à plus de –30 % en 2025), tandis que celui des véhicules électriques a connu un net ralentissement de sa croissance au cours des deux dernières années en Suisse.
Trois grands facteurs permettent vraisemblablement d’expliquer cette situation. D’une part, les tensions qui pèsent sur l’économie européenne, en particulier sur son secteur industriel ; d’autre part, le choix assumé de la plus grande économie mondiale de recourir à des énergies fossiles bon marché ; enfin, le succès même de la transition énergétique. Par son ampleur, celle-ci s’accompagne inévitablement de nouveaux défis. Ceux-ci sont notamment économiques, avec des investissements devenus loin d’être marginaux ; techniques, en raison d’une intégration croissante au système énergétique ; et politiques, compte tenu de sa forte visibilité.
En 2025, les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables et l’électrification ont dépassé ceux consacrés au pétrole, au gaz et au charbon d’après l’Agence internationale de l’énergie.
Va-t-elle pour autant s’arrêter ? La réponse est clairement non. En 2025, les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables et l’électrification ont dépassé ceux consacrés au pétrole, au gaz et au charbon d’après l’Agence internationale de l’énergie. La Chine et l’Inde – deux émetteurs majeurs de gaz à effet de serre – voient leurs émissions liées à l’énergie et au ciment stagner, voire diminuer pour la première, et ralentir nettement pour la seconde.
Toujours en Chine, les ventes de véhicules électriques ont dépassé 50 % du marché total, faisant du pays le premier marché automobile mondial. Il en va de même en Suisse, où le marché des véhicules électriques poursuit sa progression.
Dans notre pays, les installations photovoltaïques demeurent également à des niveaux records malgré le ralentissement récent, tandis que les capacités de batteries de réseau augmentent fortement. Après des années de procédures, plusieurs projets éoliens arrivent enfin au terme des possibilités de recours.
La transition énergétique ne va donc pas s’arrêter, mais elle devra relever ces quelques nouveaux défis:
Pour la transition énergétique, la phase d’amorçage est désormais achevée, ce dont on peut se réjouir. Nous entrons à présent dans une phase d’industrialisation, et donc de rationalisation, au sens du « pragmatic reset » prôné par Michael Liebreich.