« Malgré quelques ralentissements observables, la transformation de nos systèmes énergétiques ne va pas s’arrêter, mais devra relever de nombreux nouveaux défis », explique Nicolas Charton, directeur général chez E-CUBE Strategy Consultants.
« Si la Suisse n’est pas juridiquement liée aux décisions de l’UE, il est très probable que nous nous orientions également vers un report similaire de l’objectif zéro émission pour 2035 », regrette Geoffrey Orlando, responsable pour la Suisse romande de Swiss eMobility.
D’après le dernier rapport du think tank Ember, la production cumulée de ces deux sources d’énergie renouvelable a assuré environ 30 % de l’électricité produite en Europe en 2025, contre 29 % pour l’ensemble des énergies fossiles.
Sa phase d’amorçage terminée, la transition énergétique entre en phase d’industrialisation
« Malgré quelques ralentissements observables, la transformation de nos systèmes énergétiques ne va pas s’arrêter, mais devra relever de nombreux nouveaux défis », explique Nicolas Charton, directeur général chez E-CUBE Strategy Consultants.
En quinze ans, la transition énergétique en Suisse et dans le monde est passée du stade embryonnaire à celui de réalité concrète. La crise énergétique de 2022 en a par ailleurs consacré l’importance : l’explosion des prix des combustibles fossiles – en particulier du gaz – conjuguée à la faible disponibilité du parc nucléaire français, a mis en évidence le rôle crucial des productions renouvelables indigènes et de l’efficacité énergétique, tant du point de vue de la rentabilité économique que de celui de la résilience du système énergétique. Ainsi, un investissement éolien aurait pu être amorti en une seule année au pic de la crise.
Sur le plan environnemental, la hausse continue des températures mondiales confirme malheureusement les prévisions scientifiques et souligne l’urgence de la décarbonation énergétique. Cette réalité n’empêche toutefois pas la transition énergétique de se heurter à des vents contraires et de subir de fortes pressions. On observe notamment un ralentissement des engagements de décarbonation au sein des entreprises : après être passé d’environ 1 % à plus de 30 % en cinq ans, le nombre de sociétés se fixant un objectif de « net zéro » stagne (indicateur du MSCI Institute pour les entreprises cotées).
Par ailleurs, la consommation d’énergies fossiles continue d’augmenter à l’échelle mondiale. À un niveau plus local, les marchés du solaire et des pompes à chaleur reculent nettement (jusqu’à plus de –30 % en 2025), tandis que celui des véhicules électriques a connu un net ralentissement de sa croissance au cours des deux dernières années en Suisse.
Trois grands facteurs permettent vraisemblablement d’expliquer cette situation. D’une part, les tensions qui pèsent sur l’économie européenne, en particulier sur son secteur industriel ; d’autre part, le choix assumé de la plus grande économie mondiale de recourir à des énergies fossiles bon marché ; enfin, le succès même de la transition énergétique. Par son ampleur, celle-ci s’accompagne inévitablement de nouveaux défis. Ceux-ci sont notamment économiques, avec des investissements devenus loin d’être marginaux ; techniques, en raison d’une intégration croissante au système énergétique ; et politiques, compte tenu de sa forte visibilité.
En 2025, les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables et l’électrification ont dépassé ceux consacrés au pétrole, au gaz et au charbon d’après l’Agence internationale de l’énergie.
De nombreux progrès notables
Va-t-elle pour autant s’arrêter ? La réponse est clairement non. En 2025, les investissements mondiaux dans les énergies renouvelables et l’électrification ont dépassé ceux consacrés au pétrole, au gaz et au charbon d’après l’Agence internationale de l’énergie. La Chine et l’Inde – deux émetteurs majeurs de gaz à effet de serre – voient leurs émissions liées à l’énergie et au ciment stagner, voire diminuer pour la première, et ralentir nettement pour la seconde.
Toujours en Chine, les ventes de véhicules électriques ont dépassé 50 % du marché total, faisant du pays le premier marché automobile mondial. Il en va de même en Suisse, où le marché des véhicules électriques poursuit sa progression.
Dans notre pays, les installations photovoltaïques demeurent également à des niveaux records malgré le ralentissement récent, tandis que les capacités de batteries de réseau augmentent fortement. Après des années de procédures, plusieurs projets éoliens arrivent enfin au terme des possibilités de recours.
Nouveaux défis à venir
La transition énergétique ne va donc pas s’arrêter, mais elle devra relever ces quelques nouveaux défis:
Intégration systémique des productions renouvelables intermittentes (p. ex. photovoltaïque, éolien) : Ces dernières devront assumer pleinement leur nouveau rôle dans la résilience du système énergétique. C’est la fin du modèle du « produce-and-forget » (« produire et oublier »). Leur développement devra s’accompagner de solutions de flexibilisation propres et de moyens additionnels (batteries, pompage-turbinage, flexibilité de la demande, etc.).
Investissements et besoins en compétences : La transition énergétique exigera un doublement, voire un triplement, des investissements historiques et il en sera de même pour l’augmentation des compétences disponibles. Cela concerne en particulier les réseaux électriques de distribution et de transport, qui devront être renforcés. Cette dynamique, combinée à des temps de retour sur investissement longs, mettra sous pression les entreprises de la transition, notamment les distributeurs d’énergie.
Forte augmentation de la consommation d’électricité : L’électrification de la mobilité et du chauffage s’accompagne d’une croissance rapide de la demande des centres de données liés à l’intelligence artificielle. Au Texas, l’opérateur ERCOT prévoit un doublement de la demande en cinq ans, en grande partie imputable à ces centres. Ce chiffre peut sembler élevé, mais l’implantation d’un seul centre de données « IA » dans un canton produirait un effet comparable, au vu des projets actuellement envisagés.
Atteinte des potentiels physiques : L’ampleur des développements impliquera une mobilisation massive des potentiels disponibles, notamment pour la biomasse ou les surfaces de toiture. Le biométhane consommé en Suisse (3,7 TWh) est par exemple déjà supérieur au potentiel de production indigène et donc majoritairement importé.
Évolution des modèles de marché : La réglementation et les modèles de marché devront trouver un équilibre entre stabilité – en Suisse, les textes énergétiques sont révisés à un rythme soutenu depuis la Stratégie énergétique 2050 – et adaptation aux nouveaux paradigmes. Ils impliquent une rémunération de la flexibilité et de la contribution à la sécurité d’approvisionnement, une gestion des équilibres de prix dans un contexte de production à coût marginal quasi nul, un contrôle des externalités, des incitations aux acteurs du marché et tarification dynamique, etc.
Pour la transition énergétique, la phase d’amorçage est désormais achevée, ce dont on peut se réjouir. Nous entrons à présent dans une phase d’industrialisation, et donc de rationalisation, au sens du « pragmatic reset » prôné par Michael Liebreich.
« Si la Suisse n’est pas juridiquement liée aux décisions de l’UE, il est très probable que nous nous orientions également vers un report similaire de l’objectif zéro émission pour 2035 », regrette Geoffrey Orlando, responsable pour la Suisse romande de Swiss eMobility.
D’après le dernier rapport du think tank Ember, la production cumulée de ces deux sources d’énergie renouvelable a assuré environ 30 % de l’électricité produite en Europe en 2025, contre 29 % pour l’ensemble des énergies fossiles.
Lors de son allocution au dernier Congrès suisse de l’électricité, Bernard Fontana a assuré que le groupe qu'il dirige sera au rendez-vous pour répondre aux besoins de la Suisse en matière d’importations d’électricité, en particulier durant la période hivernale.
« Dans le contexte économique actuel, nous ne pouvons pas assumer seuls le rôle de moteur de cette filière », explique Jérémie Brillet. Responsable des développements stratégiques chez Romande Energie, il assure toutefois que le GRD demeure « attentif à son évolution. »