« Il ne s’agit pas de dénoncer, mais de rappeler que la Suisse doit passer à l’action »
Entretien avec Nadine Brauchli, responsable Énergie à l’Association des entreprises électriques suisses (AES).
S’appuyant sur un cadre méthodologique novateur pour la modélisation des transitions énergétiques, l'étude publiée en 2023 dans la revue « Frontiers » présente une vision du système énergétique national.
Durant le mois de septembre, le Conseil national a adopté une motion chargeant le Conseil fédéral d’élaborer une stratégie globale de stockage de l’énergie. Cette initiative vise à coordonner diverses solutions — telles que l’hydroélectricité à accumulation, les batteries décentralisées, le stockage thermique et les technologies Power-to-X — afin de mieux intégrer les énergies renouvelables, de réduire les pertes d’énergie et de renforcer la sécurité d’approvisionnement ainsi que la stabilité du réseau électrique suisse.
Cette décision offre l’occasion de revenir sur une étude publiée en 2023 dans la revue « Frontiers », étude qui propose un modèle d’avenir pour le système énergétique national. Intitulée « On the role of energy infrastructure in the energy transition : Case study of an energy independent and CO₂-neutral energy system for Switzerland », elle s'appuie sur un cadre méthodologique novateur pour la modélisation des transitions énergétiques.
L’étude analyse notamment la situation énergétique du pays en 2020, puis évalue les investissements et les renforcements requis pour atteindre la neutralité carbone et l’indépendance énergétique d’ici 2050. Elle examine également les contraintes techniques du réseau, leur influence sur les choix technologiques, ainsi que les interactions entre les productions solaire et éolienne et leurs effets sur la stabilité du système électrique. Son résumé en quelques points clés :
« Bien sûr, il ne s’agit là que d’un modèle, et d’une voie possible parmi d’autres », soulignait récemment Yasmine Calisesi, la directrice du Centre de l'énergie à l'EPFL dans un post sur LinkedIn. Au fil des années à venir, selon les évolutions géopolitiques et macroéconomiques, et en fonction des retards que pourrait accumuler la Suisse dans sa transition, ce modèle devra être ajusté et affiné.
L’essentiel, souligne l’étude, est que la réussite de la transition énergétique passera par une prise en compte rigoureuse des contraintes et des coûts liés aux infrastructures, et non pas seulement des technologies de production ou des objectifs climatiques. « Les choix de déploiement et de développement de nouvelles infrastructures pour les systèmes énergétiques actuels doivent être prudents et s’inscrire dans une perspective à long terme, car les générations futures paieront les conséquences de décisions hâtives », précisent les auteurs à titre de conclusion.