Depuis quinze ou vingt ans, le solaire pousse un peu partout en Suisse. Sur les écoles, les bâtiments publics, les halles industrielles, les centres commerciaux ou les immeubles. Et c’est tant mieux.
Pendant toutes ces années, nous avons surtout cherché des toitures disponibles. Les grandes d’abord, évidemment. Quelques milliers de mètres carrés bien orientés, une structure adaptée et un raccordement électrique à proximité représentaient alors le terrain de jeu idéal.
Ces grandes toitures existent encore, et il reste beaucoup à faire sur le plan du photovoltaique en Suisse. Mais les plus faciles à équiper et les plus intéressantes sont désormais bien équipées, surtout dans les régions qui se sont lancées tôt dans l'énergie solaire.
On a ainsi commencé à chercher ailleurs : façades d’immeubles, parkings, surfaces agricoles, infrastructures diverses et toitures plus petites ou plus complexes. Mais à force de regarder les surfaces qui pourraient encore accueillir des installations solaires, on oublie peut-être une piste : les toitures déjà équipées.
Chez les investisseurs et les exploitants qui se sont lancés relativement tôt dans le photovoltaïque, certaines centrales ont désormais largement dépassé les dix ans de fonctionnement et approchent même les vingt ans. Elles continuent à produire de l'énergie correctement, et il n’est évidemment pas question de les envoyer à la casse sous prétexte qu’elles ont plusieurs années au compteur.
Mais le photovoltaïque a beaucoup évolué. Prenez un simple panneau solaire : au début des années 2010, un module de 200 à 250 Wc était tout à fait courant. Aujourd’hui, certains atteignent 500 Wc sans que leur surface ait doublé.
Alors, sortons la calculette ! Une centrale de 1,5 MWc installée il y a une vingtaine d’années. Avec les modules disponibles aujourd’hui, la même toiture pourrait, par exemple, accueillir une puissance de 2,4 MWc. Sans mobiliser un mètre carré supplémentaire, la production annuelle pourrait ainsi augmenter d’environ 60 %, soit près de 900’000 kWh supplémentaires, à rendement énergétique comparable.
Une toiture équipée il y a quinze à vingt ans n’a pas épuisé son potentiel solaire. Loin de là. Mais son rendement a clairement chuté, de l’ordre de 0,5 à 1 % par an, avec des variations selon les technologies et les conditions d’exploitation. C’est là qu’intervient le repowering : moderniser une centrale existante en évaluant ce qui fonctionne encore, ce qui doit être remplacé et, surtout, ce que l’on pourrait produire aujourd’hui sur la même surface.
Avec une centrale existante, on ne part pas de zéro : on connaît la toiture et le propriétaire, on dispose de l’historique de production et une relation de confiance est déjà en place.
Cette question deviendra d’autant plus actuelle à mesure que les installations soutenues par la rétribution à prix coûtant du courant injecté (RPC) arriveront au terme de leur période de soutien. Pendant des années, leur modèle économique était assez simple : elles produisaient de l’électricité et bénéficiaient d’un tarif de rétribution fixé à l’avance.
Anticiper les échéances
À l’issue de cette période, les exploitants peuvent simplement poursuivre l’exploitation et vendre l’électricité produite aux conditions du moment. Il serait toutefois intéressant d’anticiper cette échéance en évaluant la rentabilité de l’installation au regard de son rendement et de ses coûts d’exploitation et de maintenance. Il serait également utile d’estimer les besoins énergétiques du site pour les prochaines années et d’examiner la faisabilité et l’intérêt d’un système de stockage.
Développer une nouvelle centrale solaire demande beaucoup de travail. Il faut trouver une toiture, contacter son propriétaire, le convaincre, étudier le bâtiment, négocier un contrat, vérifier la capacité portante de la structure, obtenir les autorisations, prévoir les accès et trouver une solution de raccordement. Et parfois, après plusieurs mois de travail, le projet n’aboutit tout simplement pas.
Avec une centrale existante, on ne part pas de zéro : on connaît la toiture et le propriétaire, on dispose de l’historique de production et une relation de confiance est déjà en place. Bien sûr, tout n’est pas réglé pour autant. Si l’on augmente la puissance, le réseau devra pouvoir suivre et la structure du bâtiment vérifiée. Alors que les normes ont évolué, l’étanchéité de la toiture a, elle aussi, vieilli.
Sur le papier, l’équation semble presque trop belle. Les panneaux sont beaucoup plus puissants qu’il y a quinze ans. On enlève les anciens, on installe les nouveaux et on produit beaucoup plus. Dans la pratique, évidemment, c’est un peu plus compliqué. Les dimensions des modules ont également évolué (il sont environ 20% plus grand aujourd’hui), ce qui peut nécessiter une adaptation du système de fixation et de la structure porteuse.
Le repowering ne remplacera donc pas les nouvelles installations : il viendra les compléter. Et cet apport sera bienvenu !
Recyclage des panneaux
L’opération paraît évidente. Sur le plan environnemental, elle mérite toutefois réflexion. Car les anciens panneaux ne cessent pas de fonctionner à l’échéance de leur période de rétribution RPC ni du seul fait de leur démontage. Et la fabrication de nouveaux modules a évidemment un impact environnemental. Le bon réflexe n’est donc pas de remplacer systématiquement une centrale dès que des panneaux plus performants arrivent sur le marché. Il faut mettre en balance le gain de production attendu et la durée de vie restante de l’installation existante.
Il faut surtout se demander : que deviennent les anciens panneaux ? S’ils peuvent être contrôlés puis réutilisés sur des sites où l’espace est moins contraint, le repowering prend une autre dimension. La toiture la plus favorable accueille des modules modernes et produit davantage, tandis que les anciens panneaux poursuivent leur vie ailleurs.
Malheureusement, le faible prix des panneaux neufs complique la rentabilité ddu marché de seconde main. Le défi du repowering sera donc aussi celui de l’économie circulaire. Et sur ce plan, la marge de progression reste importante.
Finalement, il reste un potentiel important de solaire à construire en Suisse. Selon une étude de l’OFEN publiée en 2024 et citée par Swissolar, les toitures et les façades pourraient produire environ 75 TWh par an. L’association estime que la production solaire annuelle pourrait atteindre 10 TWh en 2026. Le repowering ne remplacera donc pas les nouvelles installations : il viendra les compléter. Et cet apport sera bienvenu !
Alors, avant de chercher toujours plus loin, cela vaut peut-être la peine de revenir là où tout a commencé. De regarder ces premières centrales et de se poser une question toute simple : si nous devions construire cette installation aujourd’hui, que ferions-nous différemment ? La réponse pourrait bien ouvrir un nouveau chapitre du solaire suisse.