Au cours de la dernière décennie, la fonte des glaces s'est encore accélérée

Les scientifiques du projet GlaMBIE estiment qu’entre le début du XXIe siècle et aujourd’hui, les glaciers ont perdu entre 2 % et 39 % de leur masse glaciaire à l’échelle régionale, et environ 5 % à l’échelle mondiale.

Au cours de la dernière décennie, la fonte des glaces s'est encore accélérée
La fonte des glaces n’a pas seulement un effet sur le niveau des océans, elle bouleverse également les écosystèmes marins. DR

Dans l’Extrême-Arctique, croiser la route d’un orque était autrefois un événement rare. Même pour le puissant épaulard, cette zone glacée de la planète représentait un danger trop grand, l’un des rares endroits où il n’osait pas s’aventurer. Mais avec le recul de la banquise, l’Arctique offre désormais de nouveaux terrains de chasse propices aux orques.

« Avec le retrait rapide de la banquise dans l’Arctique, les orques gagnent de nouvelles voies d’accès vers des régions comme la baie d’Hudson et l’Extrême-Arctique », explique Steve Ferguson sur le site Yale Environment 360. D’après ce scientifique du ministère des Pêches et des Océans, « aux côtés de l’ours polaire, ils sont devenus les principaux prédateurs de la région. »

« Dans un esprit de collaboration, nous avons analysé les forces et les faiblesses de chaque méthode et effectué les ajustements nécessaires afin de rendre les données comparables », explique Enrico Mattea, chercheur au Département des géosciences de l’Université de Fribourg.

La fonte des glaces n’a pas seulement un effet sur le niveau des océans, elle bouleverse également les écosystèmes marins. D’où la nécessité d’en suivre l’évolution de près. Jusqu’ici, les données étaient disparates et difficilement comparables. Pour y remédier, les scientifiques ont créé une alliance internationale, regroupée autour du projet GlaMBIE (Glacier Mass Balance Intercomparison Exercise).

« Dans un esprit de collaboration, nous avons analysé les forces et les faiblesses de chaque méthode et effectué les ajustements nécessaires afin de rendre les données comparables », résumait pour l’ATS Enrico Mattea, chercheur au Département des géosciences de l’Université de Fribourg.

D’après les membres du projet GlaMBIE, « nos résultats fournissent une base de référence plus précise, essentielle pour mieux comprendre les différences d’observation et calibrer les modèles. Cette avancée contribuera à réduire l’incertitude des projections pour le XXIe siècle. »

Parue dans la revue « Nature », leur étude ne se contente pas d’améliorer le suivi de l’évolution des glaciers : elle propose également une vision affinée de leur transformation au cours des deux dernières décennies (2000-2023).

En voici quelques éléments clés :

1️⃣
Limites des modèles précédents : Composants essentiels du climat et du système hydrologique terrestre, les glaciers nécessitent une surveillance rigoureuse afin de mieux comprendre, évaluer et, si possible, atténuer le changement climatique en cours. Depuis des années, les scientifiques s’appuient sur quatre principales méthodes d’observation : les mesures glaciologiques, la comparaison de modèles numériques d’élévation (MNE), l’altimétrie et la gravimétrie.

« L’hétérogénéité de ces méthodes en termes de couverture spatiale, de résolution temporelle et de précision observationnelle, combinée à la diversité des approches au sein d’une même méthode et à l’absence d’harmonisation, a remis en question les évaluations passées des variations de masse des glaciers », avertissent les membres du projet GlaMBIE.
2️⃣
Évaluation scientifique et méthodologie affinée : En s’appuyant toujours sur les quatre méthodes classiques d’observation, les scientifiques ont mené une analyse en cinq étapes à travers 19 régions prédéfinies. Quelque 450 contributeurs, répartis en 35 équipes de recherche, ont compilé 233 estimations des variations de masse des glaciers sur le plan régional, couvrant une période débutant au début des années 2000.

« Grâce à cette approche, GlaMBIE fournit une série chronologique homogénéisée des variations annuelles de masse aux échelles régionale et mondiale, de 2000 à 2023. Cette harmonisation prend en compte les différences spatiales, temporelles et méthodologiques, ainsi que les évolutions de la superficie des glaciers régionaux », expliquent les chercheurs.

Selon eux, ces travaux permettent une évaluation mondiale plus précise de la transformation des glaciers, constituant ainsi une base solide pour les recherches futures.
@Nature
3️⃣
Comparaison avec l’étude du GIEC : À titre d’exemple concret, GlaMBIE a analysé les rapports d’évaluation du GIEC, révélant certaines divergences, notamment en ce qui concerne les variations de masse des glaciers à l’échelle régionale. « Pour la périphérie du Groenland ainsi que pour les îles antarctiques et subantarctiques, notre estimation est moins négative que celle rapportée dans le sixième rapport d’évaluation du GIEC », précise l’étude.

L’un des aspects les plus marquants de ce travail collaboratif réside dans l’analyse des scénarios d’émissions et de leurs conséquences pour les glaciers. « Globalement, nos observations ainsi que les récentes études de modélisation indiquent une perte de masse des glaciers plus importante que celle estimée dans le sixième rapport d’évaluation du GIEC. Nous sommes donc confrontés à une diminution continue, voire accélérée, de la masse glaciaire jusqu’à la fin du siècle. »
4️⃣
Accélération confirmée : « Sans grande surprise, les cinq dernières années ont été marquées par une accélération notable de la fonte, avec un record de 548 gigatonnes de perte de masse en 2023 », observe Enrico Mattea. D’après ce chercheur du Département des géosciences de l’Université de Fribourg, « la perte de masse des glaciers s’avère jusqu’à deux fois plus importante que celle des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique. »

L’étude révèle que les glaciers de l’Alaska ont perdu 22 % de leur masse, tandis que ceux de l’Arctique canadien ont enregistré une diminution de 20 %. Toutefois, les pertes les plus importantes concernent les régions où la superficie glaciaire est plus restreinte (moins de 15 000 km²), comme l’Europe centrale (-39 %), le Caucase (-35 %) et la Nouvelle-Zélande (-29 %).

« La comparaison des taux de changement régionaux entre la première (2000-2011) et la seconde (2012-2023) moitié de l’enregistrement met en évidence une perte de masse accrue dans 14 des 19 régions », précise GlaMBIE.

Ce vaste travail d’harmonisation des données constitue une avancée supplémentaire dans la compréhension de l’évolution du climat. Les premières conclusions de GlaMBIE devraient inciter les grandes puissances de la planète à une réflexion approfondie. Pourtant, la réalité est tout autre : ces derniers jours, on a pu assister aux premières dissenssions politiques autour du GIEC et de la publication de son septième rapport.

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