« En Suisse, les dommages liés aux catastrophes naturelles restent assurables »

Alors que certaines régions de la planète ne sont désormais plus assurables, notre pays dispose d’un pool unique au monde dédié aux dommages climatiques. Les explications de Martin Steinauer, responsable des sinistres choses pour la Mobilière en Suisse romande.

« En Suisse, les dommages liés aux catastrophes naturelles restent assurables »
Martin Steinauer, responsable des sinistres choses pour la Mobilière en Suisse romande.

Dénoncé dans un récent rapport du WWF, un phénomène inquiétant prend de l’ampleur depuis plusieurs années : le désengagement progressif des compagnies d’assurance des zones les plus à risque. Or, en tenant compte des effets indirects, les risques naturels tels que les sécheresses, les tempêtes, les inondations, la disparition des insectes ou encore les incendies de forêt ont causé des dommages s’élevant à « plus de deux mille milliards de dollars américains en 2023 », estiment les experts de l’ONG.

En Suisse, les primes relatives aux dommages naturels sont strictement encadrées par la loi, avec des tarifs uniformes et obligatoires. Cette régulation devrait éviter que certains ménages suisses ne puissent plus payer leur prime, comme c’est désormais le cas dans d’autres pays où les primes deviennent inabordables. Le point avec Martin Steinauer, responsable des sinistres choses pour la Mobilière en Suisse romande.

En Suisse, est-il encore possible de s’assurer partout sur le territoire, quel que soit l’endroit où l’on se trouve ?

En Suisse, les dommages liés aux catastrophes naturels restent assurables. Nous disposons d’un pool unique au monde dédié aux dommages climatiques. Ce pool repose sur un système de double solidarité qui a fait ses preuves. D’une part, entre les assurés, qui paient tous un taux de prime uniforme et supportable. D’autre part, entre les assureurs : ce mécanisme de solidarité permet de compenser les risques, la charge des sinistres étant répartie suivant leur part de marché.

Cette forme de mutualisation des risques entre assureurs privés est-elle efficace et pérenne dans un monde confronté à des catastrophes récurrentes et probablement plus destructrices ?

Le changement climatique demeure un défi de taille, car les zones de danger vont s’étendre à l’avenir. L’aménagement du territoire jouera, à cet égard, un rôle déterminant. Les urbanistes se trouvent à la croisée des chemins entre l’utilisation de l’espace et la protection contre les dangers naturels.

Depuis les crues du siècle de 2005, la Suisse a investi plusieurs milliards de francs dans la prévention, ce qui la place aujourd’hui dans une bonne position. La prévention reste toutefois un chantier permanent.

Du côté de la Mobilière, nous avons soutenu, depuis 2006, plus de 180 projets de prévention pour un montant total de 46 millions de francs. Nous avons notamment offert une vingtaine de digues mobiles à des communes exposées au risque d’inondation afin de faire face aux fortes crues. Nous soutenons aussi activement différents projets de « villes éponges » visant à atténuer les effets du changement climatique, notamment les inondations et les vagues de chaleur.

Dans quelle mesure cette approche proactive permet-elle de réduire les coûts et d’éviter des dépenses importantes liées aux catastrophes ?

La prévention est l’affaire de tous : pouvoirs publics et entreprises privées.

À la Mobilière, nous allons encore plus loin : en tant qu’assureur, nous avons tout intérêt à comprendre les causes profondes des sinistres. C’est pourquoi nous nous engageons en faveur de la recherche sur les risques naturels et la climatologie, ainsi que de la modélisation de scénarios prospectifs.

Créé en 2013 en collaboration avec le Centre Oeschger de l’Université de Berne, le Laboratoire Mobilière de recherche sur les risques naturels étudie et quantifie les risques climatiques, les dangers naturels et leurs conséquences et, plus récemment, les effets du changement climatique sur la santé. Ce laboratoire vise à produire des résultats d’un grand intérêt pour la collectivité.

Le village de Blatten ne figurait pas dans une zone à risque sur la carte des dangers. Le risque d’effondrement de la montagne devra désormais être évalué et intégré à la cartographie des risques.

Le cas de Blatten en 2025 est emblématique de ces zones rouges… Quelles leçons votre secteur a-t-il tirées de ce drame pour agir à l’avenir ?

Chaque catastrophe apporte son lot d’enseignements. Le village de Blatten ne figurait pas dans une zone à risque sur la carte des dangers. Le risque d’effondrement de la montagne devra désormais être évalué et intégré à la cartographie des risques. Cette cartographie constitue un outil essentiel, car elle sert de base à notre tarification.

Faudra-t-il davantage de soutiens publics pour absorber les coûts parfois faramineux des catastrophes (inondations, éboulements, feux, etc.) ?

Le pool pour les dommages naturels a bien fonctionné jusqu’à présent. Les catastrophes naturelles ne peuvent être couvertes que si assureurs et assurés font preuve de solidarité et assument conjointement le risque.

Aujourd’hui, une partie des risques est confiée à des réassureurs comme Swiss Re. Étant donné que ces derniers se montrent également plus frileux à couvrir les zones dangereuses, quel impact cette réticence pourrait-elle avoir à long terme ?

En cas de forte réticence, il conviendrait de privilégier des mesures de prévention renforcées ainsi qu’une collaboration encore plus étroite entre assureurs et assurés, notamment à travers un dialogue accru sur la gestion des risques. Dans ce domaine, les réassureurs partagent activement leur expertise, ce qui constitue un atout.

Il convient également de rappeler que l’ensemble de la collectivité bénéficie des mesures de prévention. Chaque franc investi dans la prévention permet d’éviter des dommages à hauteur de cinq à sept francs. Ces investissements sont donc largement bénéfiques pour tous.

En Suisse, l’enjeu se situera au niveau de la facture climatique et, indirectement, du coût des primes. Doit-on craindre de les voir exploser, en particulier dans les zones les plus risquées ?

Les primes relatives aux dommages naturels sont prescrites par la loi et identiques pour tout le monde. C’est la FINMA qui est compétente pour fixer le taux des primes de manière rétrospective. Enfin, les assureurs souhaitent continuer à proposer des primes attractives et concurrentielles, dans l’intérêt de toutes les parties. En Suisse, il existe, grâce au pool pour les dommages naturels, un mécanisme de compensation des risques à l’échelle de l’ensemble du territoire.

Génial ! Vous vous êtes inscrit avec succès.

Bienvenue de retour ! Vous vous êtes connecté avec succès.

Vous êtes abonné avec succès à SwissPowerShift.

Succès ! Vérifiez votre e-mail pour obtenir le lien magique de connexion.

Succès ! Vos informations de facturation ont été mises à jour.

Votre facturation n'a pas été mise à jour.