« Il ne s’agit pas de dénoncer, mais de rappeler que la Suisse doit passer à l’action »

Entretien avec Nadine Brauchli, responsable Énergie à l’Association des entreprises électriques suisses (AES).

« Il ne s’agit pas de dénoncer, mais de rappeler que la Suisse doit passer à l’action »
Nadine Brauchli, responsable Énergie à l’Association des entreprises électriques suisses (AES)

En début de semaine, l’Association des entreprises électriques suisses (AES) publiait pour la première fois son indice consacré à la sécurité énergétique future du pays. En n'atteignant que 82 points en 2035 et 69 points en 2050, soit un résultat largement inférieur à l’objectif fixé à 100 points, le tableau dressé par cet outil apparaît donc plus que critique. Sans action rapide à plusieurs niveaux, la Suisse pourrait faire face à un risque réel et croissant de pénurie d'ici un quart de siècle.

Suite à notre premier article publié en début de semaine, on poursuit sur cette thématique avec l'interview de Nadine Brauchli, responsable Énergie à l’Association des entreprises électriques suisses (AES).

Pourquoi ne pas avoir publié cet indice plus tôt ?

Jusqu’ici, l’AES publiait environ tous les six ans un scénario prospectif sur l’avenir énergétique du pays (« Avenir énergétique 2050 »). L’indice constitue un nouvel instrument, publié pour la première fois en 2026. Son objectif est de suivre et d’illustrer, de manière simple et compréhensible, où en est la Suisse — depuis l’entrée en vigueur de la loi sur l’électricité en 2025 — dans la transformation de son système énergétique. Il vise à renforcer la transparence, à stimuler le débat public en servant de base de discussion pour la politique, l’économie et la société, et à permettre l’évolution continue de la méthodologie.

Avec l’indice, nous passons désormais à une logique de pilotage : il s’agit de mesurer si nous sommes effectivement sur la bonne trajectoire et d’identifier les écarts qui apparaissent. Des décisions politiques encore ouvertes — telles que l’accord sur l’électricité, le projet « Netzexpress » ou les initiatives sur l’éolien — auront une influence directe sur l’évolution future de l’indice.

La décarbonation complète demeure l’objectif, mais elle n’est probablement pas atteignable à court et moyen terme et devra, par conséquent, être compensée par d’autres mesures.

Un indice qui parle bien de sécurité d'approvisionnement et non pas de pénurie... Une nuance importante ?

Oui, il s’agit d’une différence essentielle. Nous parlons effectivement bien de sécurité d’approvisionnement en électricité. Celle-ci signifie que le système dispose, à tout moment, de suffisamment d’électricité. L’accent est mis sur la prévention et la détection précoce des risques.

Une pénurie de courant, en revanche, correspond à une situation d’urgence aiguë, caractérisée par un manque d’électricité sur une période prolongée ou par des coupures. Une sécurité d’approvisionnement insuffisante peut conduire à une telle situation de pénurie.

Notre indice constitue donc un système d’alerte permettant d’identifier les risques à temps et d’agir en amont afin d’éviter des situations de rareté, voire de pénurie.

Votre indice est-il votre manière de dénoncer l’inaction politique et de faire pression sur Berne pour agir ?

L’objectif de l’indice est de fournir un outil simple et compréhensible permettant d’anticiper les risques et d’orienter les décisions. Il s’adresse à l’ensemble des acteurs afin d’initier une action coordonnée.

L’accent est mis sur des mesures concrètes, telles que le développement des énergies renouvelables, l’extension des réseaux, la conclusion de l’accord sur l’électricité, la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires existantes et, si nécessaire, le recours à des centrales à gaz.

Il ne s’agit pas de dénoncer, mais de réveiller les consciences et de promouvoir des solutions constructives. La Suisse doit passer à l’action.

Actuellement, la politique de réduction des coûts menée à Berne ne va-t-elle pas dans le mauvais sens, laissant craindre une dégradation encore plus importante de la situation énergétique du pays ?

Il ne s’agit pas d’augmenter les dépenses, mais de créer des conditions-cadres adéquates ainsi que des mécanismes de soutien efficaces et ciblés. En particulier durant l’hiver, la sécurité d’approvisionnement est menacée. Les soutiens devraient donc être orientés vers la production hivernale (flexbilité et stockage) afin de renforcer durablement la stabilité du système.

La mise en œuvre de l’accord sur l’électricité ne semble pas satisfaire le secteur… N’en reste-t-il pas moins fondamental à l’horizon 2050 selon vous ?

L’accord sur l’électricité avec l’UE est central pour la sécurité d’approvisionnement et pour l’utilisation des capacités transfrontalières. Toutefois, sa mise en œuvre interne doit encore être adaptée et il convient de renoncer aux surcharges nationales (forme de « Swiss finish »).

Avec l’accord, l’indice grimpe fortement à 84 points, mais, à lui seul, il ne permet pas d’atteindre les 100 points. En complément, un déploiement massif des énergies renouvelables, un renforcement du réseau ainsi que des capacités de production supplémentaires sont nécessaires.

Dans votre scénario, les centrales à gaz sont évoquées. La décarbonation complète de nos besoins énergétiques est-elle illusoire ?

La décarbonation complète demeure l’objectif, mais elle n’est probablement pas atteignable à court et moyen terme et devra, par conséquent, être compensée par d’autres mesures. Les énergies renouvelables ne suffisent pas, à elles seules, à couvrir la demande hivernale.

Les centrales à gaz constituent une solution de réserve, à la fois flexible et transitoire, efficace sur le plan des coûts pour sécuriser l’approvisionnement. Plus la Suisse développera l’éolien — qui produit abondamment en hiver —, plus le besoin de gaz diminuera. Il s’agit d’un choix de société nécessitant une pondération des intérêts.

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