« La Suisse doit garantir un certain niveau d’autonomie énergétique, surtout en hiver »

En baptisant leur première édition « Les parcs éoliens sortent de terre », les acteurs de la branche veulent afficher un certain optimisme malgré un contexte toujours compliqué pour la filière. Le point Benoist Guillard, président du Groupe romand pour l’énergie éolienne (GREE).

« La Suisse doit garantir un certain niveau d’autonomie énergétique, surtout en hiver »
Benoist Guillard, président du Groupe romand pour l’énergie éolienne (GREE).

Le Groupe romand pour l’énergie éolienne (GREE) organise en ce début de printemps les Rencontres de l’éolien, première édition d’un événement appelé à devenir un rendez-vous annuel. Cette initiative vise à rassembler les acteurs de la branche, les autorités communales et cantonales, ainsi que toutes les personnes intéressées par le développement de l’énergie éolienne en Suisse romande.

Cette manifestation intervient dans un contexte compliqué pour la filière, marqué notamment par le dépôt l'an passé de deux initiatives en Suisse largement perçues comme étant anti-éoliennes. Déposées le 25 juillet 2025, validées fin septembre, les deux initiatives populaires fédérales « Contre la destruction de nos forêts par des éoliennes (initiative pour la protection des forêts) » et « Pour la protection de la démocratie directe par rapport aux parcs éoliens (initiative pour la protection des communes) » ont à nouveau relancé la question éolienne en Suisse. On en parle avec son président, Benoist Guillard.

L’éolien est à la peine en Suisse depuis plusieurs années. Quel bilan tirez-vous de l’année 2025 ?

L'an passé, les travaux ont débuté sur le parc de Sur Grati. Le permis de construire a également été délivré pour le projet EolJorat Sud et, début janvier 2026, le Tribunal fédéral a rendu une décision favorable au projet des Montagnes-de-Buttes. Au Mollendruz, un sentier pédagogique a été aménagé sur le site du futur parc et connaît une belle fréquentation. Il s’agit donc de nouvelles tardives, mais globalement positives, qui donnent le ton de nos premières Rencontres romandes de l’éolien : « Les parcs éoliens sortent de terre ».

Une année contrastée, marquée notamment par le dépôt d’initiatives jugées comme anti-éoliennes… Comment expliquez-vous cette forme de défiance continue envers l’éolien en Suisse ?

En 2024, la population a exprimé un soutien appuyé à la loi sur l’électricité, ainsi qu’à ses objectifs de développement des énergies renouvelables en Suisse, en particulier pour la production hivernale. Le dépôt des initiatives anti-éoliennes peut être perçu comme un effet de retour de balancier.

En réalité, elles rappellent qu’il subsiste une minorité fortement opposée à l’éolien, parfois pour des motifs liés à la protection du paysage, mais souvent dans une logique de type NIMBY (« not in my backyard »), c’est-à-dire « pas à côté de chez moi ». Cette minorité parvient à franchir le seuil des 100’000 signatures. Nous nous mobilisons toutefois, avec Suisse Éole à l’échelle nationale, afin que la majorité demeure favorable à l’éolien.

Ne vaudrait-il pas, en définitive, mieux financer des projets éoliens à l’étranger, dans des pays moins opposés à cette source d’énergie ?

Plusieurs projets éoliens et solaires en Europe sont déjà financés par des acteurs suisses. Toutefois, nos voisins doivent eux aussi mener à bien leur transition énergétique, tandis que la Suisse doit garantir un certain niveau d’autonomie énergétique, surtout en hiver.

La plupart des projets à l’étude suivent donc leur chemin vers la réalisation, et leurs porteurs continuent de les faire avancer malgré les difficultés.

L'année dernière, les Chambres fédérales ont adopté la loi visant à accélérer les procédures pour les énergies renouvelables, un geste suffisant à vos yeux ?

Notre secteur a régulièrement bénéficié du soutien des autorités fédérales en faveur d’une simplification et d’une accélération des procédures, et nous savons pouvoir compter sur cet appui à l’avenir. Les cantons de Vaud et de Neuchâtel ont, eux aussi, mis en place des dispositifs efficaces. Il s’agit d’encouragements très appréciables, qui contribuent à dynamiser le secteur.

À l’inverse, quelles pourraient être les conséquences des coupes budgétaires envisagées à Berne ? Pourraient-elles peser sur le développement de futurs parcs ?

À ce stade, nous n’avons pas identifié de conséquences directes. Les parcs éoliens atteignent une rentabilité économique grâce à des dispositifs stables de rémunération de la production, qui ne dépendent pas des choix budgétaires annuels de la Confédération.

Dans quel état d’esprit vos membres entament-ils l’année 2026 ?

Nombreux sont ceux qui, parmi nos membres, attendent des décisions importantes en 2026, qu’il s’agisse de décisions administratives ou judiciaires, après des années d’attente. Notre motivation reste forte.

Pouvons-nous enfin envisager une augmentation du parc éolien dans les années à venir, et rattraper une partie du retard accumulé ?

Très peu de projets ont été abandonnés en cours de route ces dernières années. La plupart des projets à l’étude suivent donc leur chemin vers la réalisation, et leurs porteurs continuent de les faire avancer malgré les difficultés. Nous allons ainsi concrétiser, avec certes plusieurs années de retard, ce qui était initialement prévu.

Il sera en revanche essentiel que le peuple rejette les initiatives anti-éoliennes, dont l'effet rétroactif entraînerait non seulement un arrêt net de projets en cours et se conclurait par un nouveau recul préjudiciable.

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