« Pour les PME et les TPE, qui constituent une grande majorité du tissu économique suisse, la transition n’est plus une simple option environnementale, mais une nécessité stratégique pour garantir notre prospérité », assure Christophe Barman, co-président national de la FSE.
« Si l’on veut réussir la transition énergétique, il faut aussi accepter de la financer. Cela suppose des règles claires et fiables, capables de garantir des incitations suffisantes à l’investissement », explique Michael Frank, directeur de l’AES.
Réagissant à une récente enquête menée par Comparis sur l'immobilier suisse, Sascha Nick, chercheur au Laboratoire d’économie environnementale et urbaine de l’EPFL, assure que « la Suisse ne souffre pas d’une pénurie de logements. »
« Si nous attendons, la facture laissée aux futurs entrepreneurs sera insoutenable »
« Pour les PME et les TPE, qui constituent une grande majorité du tissu économique suisse, la transition n’est plus une simple option environnementale, mais une nécessité stratégique pour garantir notre prospérité », assure Christophe Barman, co-président national de la FSE.
« Le Fonds Climat créerait une montagne de dette et aboutirait tôt ou tard à des hausses d’impôts massives », peut-on lire sur le site d’economiesuisse. À l’image de la Fédération des entreprises suisses, une large partie du monde économique suisse se montre clairement opposée à l’initiative pour un Fonds Climat. « Un fonds regorgeant de plusieurs milliards de francs n’inciterait guère à l’efficacité, mais ferait plutôt courir un risque de gaspillage, voire d’abus », déclarait par exemple Pierre-Gabriel Bieri, responsable politique au Centre Patronal, sur cette même plateforme.
Si une majorité nette se dessine au sein des milieux économiques, celle-ci n’est toutefois pas unanime. À contre-courant, la Fédération Suisse des Entreprises (FSE) fait partie de ceux à avoir adopté une position favorable à l’initiative populaire. « 89 % de nos membres soutiennent l’initiative pour un Fonds Climat. Ce résultat n’est pas seulement un signal environnemental, c’est un choix pragmatique », peut-on lire sur son site. On en parle avec Christophe Barman, co-président national de la FSE. Entretien.
Pourquoi la FSE soutient-elle cette initiative alors que d’autres milieux économiques s’y opposent ?
Notre soutien repose sur un choix pragmatique, validé par 89 % de nos membres. Pour les PME et les TPE, qui constituent une grande majorité du tissu économique suisse, la transition n’est plus une simple option environnementale, mais une nécessité stratégique pour garantir notre prospérité. Nous défendons une vision moderne de la souveraineté helvétique, dans laquelle l’économie et l’écologie se renforcent.
Il faut également que la Suisse reste compétitive face aux pays de l’Union européenne, qui investissent déjà massivement dans leur transition énergétique. Nous ne pouvons pas nous permettre de rester immobile pendant que nos voisins transforment leur appareil industriel.
Quels arguments vous poussent à aller à contre-courant ?
Nous nous appuyons sur trois piliers fondamentaux :
La souveraineté énergétique : dépendre d’énergies fossiles importées nous expose à une volatilité des prix imprévisible. Le Fonds Climat permettra de financer notre indépendance en investissant dans des énergies locales, contribuant ainsi à stabiliser les coûts fixes des entreprises.
Un moteur de croissance : allouer chaque année entre 0,5 % et 1 % du PIB à la transition, c’est investir directement dans l’économie réelle — rénovation thermique, innovation technologique et infrastructures.
La prévisibilité : un entrepreneur a besoin de visibilité pour investir. L’attentisme actuel entretient un flou paralysant. Le Fonds définit une trajectoire claire, permettant aux dirigeants d’anticiper et de planifier sereinement leurs transformations afin de rester au niveau de la concurrence européenne.
Ne craignez-vous pas que ce Fonds Climat force la Suisse à s’endetter en violation du frein à l’endettement ?
Nous considérons que l’inaction comporte un coût caché bien supérieur à celui de l’investissement actuel nécessaire. Si nous attendons, la facture climatique et économique que nous laisserons aux futurs entrepreneurs sera tout simplement insoutenable. Le Fonds Climat constitue un acte de défense en faveur de notre résilience économique, destiné à prévenir une crise future bien plus coûteuse.
Au-delà de l'objectif climatique, nous craignons avant tout un décrochage économique. Sans ce fonds, la transition risque d’être désordonnée et de laisser de côté les PME.
Votre position apparaît comme un « coup de gueule » contre un manque de volonté politique...
Il s’agit avant tout d’un appel à mettre fin à un attentisme qui paralyse les chefs d’entreprise. Sans un soutien massif aux infrastructures — réseaux thermiques, bornes de recharge — la transition risque de devenir « punitive » pour les PME, alors que les très grandes entreprises disposent, elles, des moyens pour s’adapter seules.
Notre objectif est de garantir que la classe moyenne et les indépendants puissent participer à cette mutation sans compromettre leur santé financière et cela d’autant plus que l’Union européenne accélère fortement son soutien à ses propres entreprises.
Comment s’assurer que les fonds levés soient utilisés intelligemment ?
L’initiative cible de manière précise l’économie réelle : la rénovation thermique des bâtiments en Suisse, ainsi que le soutien aux technologies de stockage et d’efficience énergétique développées par nos ingénieurs.
Le mécanisme proposé repose sur une allocation annuelle d’une part du PIB, afin de garantir que les ressources soient injectées directement dans l’économie locale. En définissant une trajectoire claire et prévisible, nous permettons aux entreprises de planifier des investissements concrets, évitant ainsi le gaspillage lié à l’incertitude ou à des mesures d’urgence de dernière minute.
Que ferons-nous de milliards supplémentaires sans ouvriers pour rénover notre parc immobilier ?
Le Fonds Climat crée précisément la visibilité nécessaire au secteur de la construction en garantissant un carnet de commandes conséquent et pérenne sur le long terme. C’est cette clarté qui donnera aux entreprises la confiance nécessaire pour investir dans la formation, le recrutement et le développement technologique. L’expérience montre que la main-d’œuvre suit les projets lorsqu’ils sont planifiés et inscrits dans une trajectoire stable.
En cas de refus de l’initiative, craignez-vous que la Suisse n’atteigne pas ses ambitions climatiques ?
Au-delà de l'objectif climatique, nous craignons avant tout un décrochage économique. Sans ce fonds, la transition risque d’être désordonnée et de laisser de côté les PME. Nous transmettrions alors une facture climatique et économique insoutenable aux prochaines générations de chefs d’entreprise. À nouveau dans un contexte où l’Union européenne engage des investissements massifs, le refus de cette initiative affaiblirait durablement la compétitivité et la souveraineté de l’économie helvétique.
« Si l’on veut réussir la transition énergétique, il faut aussi accepter de la financer. Cela suppose des règles claires et fiables, capables de garantir des incitations suffisantes à l’investissement », explique Michael Frank, directeur de l’AES.
Réagissant à une récente enquête menée par Comparis sur l'immobilier suisse, Sascha Nick, chercheur au Laboratoire d’économie environnementale et urbaine de l’EPFL, assure que « la Suisse ne souffre pas d’une pénurie de logements. »
« Lancée pour des motifs davantage électoralistes qu’écologiques, la revendication d’un fonds climat absorbant chaque année entre 5 et 10 milliards de francs apparaît inutile, absurde, coûteuse, centralisatrice et mal conçue », estime Pierre-Gabriel Bieri, responsable politique au Centre Patronal.