Lors de son allocution au dernier Congrès suisse de l’électricité, Bernard Fontana a assuré que le groupe qu'il dirige sera au rendez-vous pour répondre aux besoins de la Suisse en matière d’importations d’électricité, en particulier durant la période hivernale.
« Dans le contexte économique actuel, nous ne pouvons pas assumer seuls le rôle de moteur de cette filière », explique Jérémie Brillet. Responsable des développements stratégiques chez Romande Energie, il assure toutefois que le GRD demeure « attentif à son évolution. »
Accord avec l’UE ou non, le PDG d'EDF se dit prêt à fournir la Suisse en électricité
Lors de son allocution au dernier Congrès suisse de l’électricité, Bernard Fontana a assuré que le groupe qu'il dirige sera au rendez-vous pour répondre aux besoins de la Suisse en matière d’importations d’électricité, en particulier durant la période hivernale.
« Nous exportons aujourd’hui vers votre pays entre 10 et 12 TWh par an, une quantité qui pourrait encore être accrue dans le cadre d’un accord coopératif clair », a assuré Bernard Fontana, PDG d’EDF @Foto Basler
Environ une centaine de térawattheures (TWh) : telle est la réserve dont disposerait actuellement la France et dont elle serait prête à écouler une part supplémentaire vers la Suisse. « Nous exportons aujourd’hui vers votre pays entre 10 et 12 TWh par an, une quantité qui pourrait encore être accrue dans le cadre d’un accord coopératif clair », a assuré Bernard Fontana, PDG d’EDF, en marge de son allocution tenue la semaine passée devant l’ensemble des acteurs du secteur réunis à l’occasion du Congrès suisse de l’électricité.
Plus intéressant encore, ce dernier affirme que cela pourrait se faire avec ou sans l’accord actuellement en cours de négociation avec l’Union européenne. « Rappelons que, s’il peut exister un optimum européen, il existe également une place pour des coopérations bilatérales, parfois même plus performantes. »
L'électricité comme levier de souveraineté
Ses propos ont conclu un long discours consacré à l’électrification en cours de l’Europe, présentée comme une réponse à l’une de ses principales vulnérabilités structurelles : sa dépendance aux énergies fossiles importées. L’exemple du gaz naturel liquéfié (GNL) importé l’illustre parfaitement, avec des tarifs estimés par le PDG français « à trois à quatre fois plus élevés pour les Européens que ceux pratiqués aux États-Unis. »
Le tout s’inscrit naturellement dans un contexte de crises multiples — géopolitiques, climatiques et économiques. « L’électricité, qu’elle soit issue du nucléaire, de l’hydraulique ou d’autres énergies renouvelables, est au cœur des réponses à ces enjeux. Elle constitue un fil conducteur de notre indépendance, un moteur de notre industrialisation — ou de notre réindustrialisation, selon les points de vue — et un vecteur essentiel de notre transition énergétique », assure Bernard Fontana.
Toute une industrie sous pression
Lors du dernier Congrès suisse de l’électricité, Martin Schwab a affiché un optimisme prudent quant à l’avenir. Au cours de son allocution, le président de l’AES a mis en lumière la question sensible de la rentabilité au sein de la branche. « Avec un rendement moyen de 3,4 %, certains pourraient estimer qu’il est élevé. Mais, en réalité, ce niveau reflète notre capacité à investir dans l’entretien et, plus encore, dans le développement des infrastructures nécessaires à la transition en cours vers les énergies renouvelables. » Ce dernier a ainsi rappelé que chaque baisse du WACC a des répercussions directes sur la capacité des acteurs du secteur à investir dans le développement, l’adaptation et l’entretien du réseau.
Cette pression financière s’est également fait sentir dans les propos de Cristina Pastoriza. Directrice de Multidis, une association regroupant une vingtaine de distributeurs multifluides, elle a notamment souligné le poids administratif engendré par les nouvelles réglementations liées à la Loi pour l’électricité (Mantelerlass). « En faisant une estimation très conservatrice, chaque gestionnaire de réseau de distribution (GRD) en Suisse a dû investir environ 50 000 francs pour s’adapter à ces nouvelles règles. Rapporté aux quelque 600 GRD que compte le pays, je vous laisse imaginer ce que cela représente, in fine, pour le consommateur final », explique-t-elle.
La mise en œuvre de ces nouvelles réglementations entraîne donc une forte hausse des coûts, dont certains qualifiés de « surprises » par Cristina Pastoriza, car résultant de dispositions jugées contradictoires. « La nouvelle loi impose par exemple aux gestionnaires de réseau de distribution (GRD) de disposer d’un approvisionnement structuré et de long terme pour l’approvisionnement de base, une exigence conforme aux meilleures pratiques de l’approvisionnement professionnel. Sauf que le régulateur considère que les reventes, pourtant nécessaires dans un tel système, ne sont pas imputables à l’offre de base », explique-t-elle en décrivant une problématique financière existentielle pour les GRD à résoudre absolument.
Un message qui semble avoir eu de la peine à passer, à en juger par l’intervention du président de l’ElCom, Werner Luginbühl. Lors de sa prise de parole, celui-ci s’est contenté de rappeler que la transition énergétique requiert des instruments et des mécanismes distincts et adaptés : « L’approvisionnement de base n’est en tout cas pas conçu pour financer le développement des énergies renouvelables », a-t-il précisé. Difficile, dès lors, de ne pas constater combien l’incompréhension entre les autorités de régulation et les acteurs de la branche persiste en ce début d’année 2026. O.W.
Lors d'un débat, Cristina Pastoriza, directrice de Multidis, a alerté sur la situation financière des GRD. « Une problématique existentielle à résoudre absolument ». @Foto Basler
Toute source d’énergie décarbonée constitue un levier de souveraineté et d’efficacité énergétique. « Chaque électron supplémentaire produit en Europe est un pas vers l’autonomie énergétique », affirme Bernard Fontana. Pour autant, ce dernier rappelle la nécessité de préserver la stabilité des réseaux, dans un contexte où les règles évoluent. « Nous avons connu plusieurs alertes dans le sud de l’Europe (en référence au blackout amorcé en Espagne en avril 2025, ndlr) et il est essentiel d’investir dans nos réseaux et de travailler sur cette stabilité, car les lois de la physique sont ce qu'elles sont. »
« En France, dans ce que l’on appelle nos déchets, nous disposons d’un potentiel correspondant à mille ans d’exploitation de nos réacteurs nucléaires », estime Bernard Fontana, PDG d’EDF.
La place du nucléaire
Sans grande surprise de la part d’un représentant du secteur énergétique français, le nucléaire occupera une place centrale dans le processus d’électrification européenne. En France comme en Suisse, le PDG d'EDF met en avant une filière industrielle complète, des compétences reconnues, une solide culture de sûreté, mais aussi un potentiel à long terme, notamment grâce au recyclage du combustible et au développement de technologies futures.
« Les travaux menés sur la fermeture du cycle nous permettent d’envisager des perspectives prometteuses. En France, dans ce que l’on appelle nos déchets, nous disposons d’un potentiel correspondant à mille ans d’exploitation de nos réacteurs nucléaires », explique-t-il.
Évoquant un programme de construction de 14 réacteurs EPR en France — déployé en deux étapes, avec six premiers réacteurs dans un premier temps, puis huit supplémentaires —, il rappelle également l’importance de cette industrie en matière d’emplois : 250 000 salariés œuvrent aujourd’hui dans les réacteurs du pays, tandis que l’ensemble de la filière recrute chaque année près de 10 000 nouveaux collaborateurs.
« Dans le contexte économique actuel, nous ne pouvons pas assumer seuls le rôle de moteur de cette filière », explique Jérémie Brillet. Responsable des développements stratégiques chez Romande Energie, il assure toutefois que le GRD demeure « attentif à son évolution. »
« La recevabilité de la plainte déposée par quatre pêcheurs indonésiens constitue une première réponse judiciaire à la hauteur de l’urgence climatique », estiment François de Cambiaire et Lydia Méziani, avocats chez de Cambiaire & Méziani Associés.