Soyons honnêtes un minimum avec nous-mêmes. Déplacer des milliers d’athlètes et de spectateurs vers une ou plusieurs régions du monde ne pourra jamais produire un bilan 100% vertueux et éco-friendly.
« L’abandon du projet d’usine d’hydrogène vert par Romande Energie illustre avant tout les difficultés conjoncturelles que traverse la filière hydrogène, particulièrement en Suisse, et, dans une moindre mesure, en Europe et aux États-Unis », regrette Simon Siggen pour la fondation Nomads.
Facture climatique : l’inévitable emprunt du rêve olympique
Soyons honnêtes un minimum avec nous-mêmes. Déplacer des milliers d’athlètes et de spectateurs vers une ou plusieurs régions du monde ne pourra jamais produire un bilan 100% vertueux et éco-friendly.
Être écologiquement responsable : telle fut la belle promesse formulée par les organisateurs des Jeux olympiques de Milan-Cortina 2026. C’est d’ailleurs ce qui en a fait les Jeux les plus étendus de l’histoire sur le plan géographique, avec des compétitions organisées aussi bien dans les Dolomites que dans la plaine du Pô ou encore en Vénétie. Pour éviter un trop grand gaspillage de ressources, le CIO a privilégié l’utilisation d’infrastructures existantes d’où les sept sites sélectionnés et répartis à travers toute l'Italie.
Naturellement, réutiliser 80 % — voire davantage — des équipements disponibles était une démarche louable. Un rapport publié par Scientists for Global Responsibility et le New Weather Institute indique notamment que l’absence de construction de nouvelles infrastructures a permis d’économiser entre 350 000 et 720 000 tCO₂e. Par ailleurs, des réductions supplémentaires, estimées entre 130 000 et 310 000 tCO₂e, ont encore pu être obtenues grâce au recours aux énergies renouvelables et à l’utilisation de matériaux de construction bas carbone. Ces avancées, bien que positives, sont-elles pour autant suffisantes pour faire de ces Jeux une « source d’inspiration pour les générations futures » ? Sur le plan strictement environnemental, c’est pas sûr.
Traumatisme de sotchi
À Milan, le CIO a cherché à redorer un blason terni par plusieurs éditions purement catastrophiques sur le plan climatique. En pointe de mire : les Jeux de Sotchi, organisés en Russie en 2014. Les sublimes forêts du Caucase, dont certaines classées au patrimoine mondial de l’UNESCO, ont été ravagées afin de laisser place à une autoroute, à des complexes hôteliers ainsi qu’à l’ensemble des infrastructures sportives, inexistantes avant la tenue des compétitions olympiques.
Rebelote quatre ans plus tard, lors des Jeux de Pyeongchang où les épreuves de ski alpin ont nécessité l'abattage de 60 000 arbres, dans une forêt vierge vieille de plus de cinq cents ans. Longtemps protégé, le mont Gariwang fut l’une des victimes collatérales de l’organisation des épreuves en Corée du Sud. Pourtant, à chaque édition, la même rengaine revient, accompagnée de l’assurance qu’un tel saccage de l’environnement et de la biodiversité ne se reproduira plus.
En Italie, malgré les promesses et pour des raisons de fierté nationale, l’histoire a fini par se répéter avec la construction de la piste de bobsleigh. Outre son coût — la bagatelle de 120 millions d’euros —, le chantier a entraîné la destruction d’une forêt de mélèzes centenaires. Ce choix apparaît d’autant plus regrettable que des alternatives, en Suisse et en Autriche, avaient été proposées à l’Italie.
Les limites du modèle
D’après les calculs du Scientists for Global Responsibility et du New Weather Institute, les Jeux de Milan ont généré près d’un million de tonnes d’équivalent CO₂, principalement en raison des déplacements des spectateurs entre les différents sites. Ce chiffre, qui doit encore être confirmé, pourrait par ailleurs remettre en perspective l’intérêt du modèle de Jeux étendus géographiquement.
À cela s’ajoutent les 948 000 mètres cubes d’eau pompés pour produire les 2,4 millions de mètres cubes de neige de culture prévus. À Anterselva (Trentin-Haut-Adige), un bassin d’une capacité de 30 000 m³ a servi à enneiger les pistes de ski de fond ; à Livigno (Lombardie), une retenue de 200 000 m³ a alimenté les pistes de freestyle et de snowboard. Cette pression accrue sur les ressources en eau, dans un contexte de réchauffement climatique et de sécheresse, suscite logiquement de vives inquiétudes.
Publiée par l’Université de Lausanne, une étude appelle à repenser en profondeur le modèle olympique afin de le rendre compatible avec les accords de Paris. « Depuis 2020, le CIO impose aux villes hôtes de réduire leurs émissions, mais sans fournir de feuille de route concrète. Cette situation ouvre la voie à l’achat de crédits carbone pour afficher un bilan “neutre”, sans changement des pratiques et avec un risque de greenwashing », explique David Gogishvili, premier auteur de cette recherche menée au sein de la Faculté des géosciences et de l’environnement de l’UNIL. « Si l’on veut que les Jeux olympiques restent pertinents dans un monde confronté à la crise climatique, la durabilité doit dépasser le stade des discours et devenir une exigence contraignante, responsable et vérifiée de manière indépendante », conclut-il.
Une facture climatique « nécessaire »
Soyons honnêtes un minimum avec nous-mêmes. Déplacer des milliers d’athlètes et de spectateurs vers une ou plusieurs régions du monde ne pourra jamais produire un bilan 100% vertueux et éco-friendly. Certes la facture climatique pourra encore être clairement réduite et permettra de mieux concilier sport et nature. La facture n'en restera pas moins négative, c’est inévitable.
Faut-il pour autant y renoncer au regard de l’importance des grandes compétitions sportives internationales, et plus encore des Jeux olympiques, avec leur symbolique liée à la paix ? Qu’il s’agisse des épreuves organisées à Milan-Cortina ou de la Coupe du monde prévue en juin en Amérique du Nord, le sport demeure fédérateur et source d’émotions particulières. Paradoxalement, nous arrivons tous à nous émouvoir des larmes de joie (et parfois de tristesse et de souffrance) de ces athlètes exceptionnels.
S’en priver pour une question de facture climatique s'avérerait contre-productif. « C’est là tout le paradoxe de certains discours écologistes extrêmes : à vouloir tout interdire, tout arrêter, ils produisent parfois l’effet inverse », réagissait l’explorateur Raphaël Domjan sur cette même plateforme. Le sport pourra-t-il à lui seul inverser la trajectoire préoccupante dans laquelle nos sociétés se sont engagées face aux enjeux climatiques ? Probablement pas.
Mais un peu de rêve n'est-ce pas ce dont nous avons tous besoin en ces jours incertains ? La belle moisson de médailles suisses, les performances remarquables des athlètes en Italie et l’enthousiasme populaire suscité ces derniers jours peuvent y contribuer. In fine, cet état d’esprit positif pourrait se transformer en source d’inspiration et nous donner envie, à notre tour, de nous engager dans une cause qui nous tient à cœur.
« L’abandon du projet d’usine d’hydrogène vert par Romande Energie illustre avant tout les difficultés conjoncturelles que traverse la filière hydrogène, particulièrement en Suisse, et, dans une moindre mesure, en Europe et aux États-Unis », regrette Simon Siggen pour la fondation Nomads.
S’appuyant sur une nouvelle méthodologie, Une étude récente entend corriger une lacune : le nombre insuffisant de preuves empiriques permettant d’établir un lien systématique entre les critères ESG et la performance financière dans l’immobilier.
« Refuser d’agir aujourd’hui, c’est accepter demain des coûts bien plus élevés — qu’il s’agisse de dommages climatiques, de dépendance énergétique ou de perte de prospérité », alerte Pierrette Rey, porte-parole du WWF Suisse.