« À terme, un bâtiment mal conçu face à la chaleur pourrait subir une décote »
Entretien avec Boris Clivaz, CEO de GEFISWISS et actionnaire de STEEN Sustainable Energy.
S’appuyant sur une nouvelle méthodologie, Une étude récente entend corriger une lacune : le nombre insuffisant de preuves empiriques permettant d’établir un lien systématique entre les critères ESG et la performance financière dans l’immobilier.
Représentant encore environ un quart des émissions suisses de CO₂, le secteur immobilier est aujourd’hui confronté à un défi majeur : sa décarbonation. Malgré les critiques apparues ces derniers temps à l’encontre des critères ESG, ceux-ci influencent l’ensemble de la branche, comme le souligne notamment EY Switzerland : « Les critères ESG exercent une influence significative sur la valeur marchande des biens immobiliers et doivent être pris en considération dans leur évaluation. »
À l’instar de ce décryptage publié en 2024, la volonté d’intégrer les critères ESG dans l’immobilier s’accélère. Une étude récente — « From Buildings to Balance Sheets » — met toutefois en lumière une lacune : le nombre insuffisant de preuves empiriques permettant d’établir un lien systématique entre les critères ESG et la performance financière dans le secteur immobilier. « La plupart des études se concentrent sur des immeubles individuels ou sur un seul type de fonds. Dès lors, l’hétérogénéité des véhicules d’investissement immobilier (REIV) demeure largement inexplorée. »
Fruit d’une collaboration entre Enterprise for Society Center (E4S) et le Center for Risk Management Lausanne (CRML), ce travail de recherche implique une nouvelle méthodologie fondée sur l’analyse approfondie d’un vaste échantillon de véhicules d’investissement immobilier suisses (420 observations couvrant la période de décembre 2023 à juin 2025), incluant des fonds cotés et non cotés.
« Dans l’immobilier, si la performance physique des bâtiments crée une valeur mesurable, les initiatives de politique interne poursuivent d’autres finalités. »
Afin d’examiner les liens entre la qualité des actifs, la performance opérationnelle et les résultats financiers, Fabio Alessandrini, Eric Jondeau et Nathan Delacrétaz ont compilé des données financières, des indicateurs ESG ainsi que des caractéristiques physiques des bâtiments (performance énergétique, qualité technique, âge et localisation). On vous résume leurs conclusions en trois points clés.
Cette étude présente l’avantage d’apporter plusieurs éléments permettant de mieux comprendre la relation entre l’ESG — en particulier sa dimension environnementale (E) — et l’attractivité du secteur immobilier. Sur le plan des performances purement financières, il est notamment pertinent de souligner la remise en question de l’intérêt des scores ESG agrégés, au profit de cadres sectoriels spécifiques. « Dans l’immobilier, si la performance physique des bâtiments crée une valeur mesurable, les initiatives de politique interne poursuivent d’autres finalités. »
Ces travaux contribuent ainsi à l’élaboration d’un cadre analytique plus complet, susceptible d’aider les investisseurs, les gestionnaires d’actifs et les décideurs publics à mieux aligner les objectifs financiers et climatiques dans le domaine immobilier.