Habitat autonome et durable : étude d’un modèle idéal

Architectes, entrepreneurs et particuliers sont de plus en plus nombreux à s’engager dans la construction de logements écologiques. Visite guidée d’un projet abouti, symbole d’une approche durable menée en autodidacte.

Habitat autonome et durable : étude d’un modèle idéal
La maison écologique de l’ingénieur Marc Muller, dont le concept abouti constitue un exemple d’engagement et d’implication durable, s’inscrit également dans une tendance croissante des logements écoresponsables. @IMPACT LIVING

Si beaucoup rêvent de pouvoir construire leur propre logement, certains y parviennent en matérialisant des idées et concepts durables des plus poussés. Une démarche qui, en conciliant habitat et impératifs écologiques contemporains, traduit une volonté d’aller au-delà des standards pour bâtir des ouvrages fidèles à leurs convictions.

Choix de matériaux durables, innovation en matière d’isolation ou encore recours aux énergies renouvelables locales constituent autant de leviers à exploiter pour tendre vers l’autonomie énergétique. Cette approche plurielle a notamment été adoptée par l’ingénieur Marc Muller, qui, il y a une décennie, a transformé sa maison en un modèle de durabilité, fidèle à ses valeurs et à sa vision de ce que doit être un habitat écologique.

Érigée sur les hauteurs du lac de Neuchâtel, à Châtillon, cette demeure incarne un engagement profond en faveur de la durabilité. Son concepteur, expert en énergies renouvelables et fondateur de la société IMPACT LIVING, y a matérialisé ses convictions sur la transition énergétique et la décroissance.

L’enjeu est de taille : démontrer qu’un mode de vie autonome est possible, sans compromis sur la qualité de vie, tout en bâtissant un nid confortable pour sa famille. Le pari repose sur un fait marquant : cette habitation n’est reliée ni au réseau électrique ni au réseau d’eau. Un projet ambitieux, initié en 2015, qui remet en question la notion même de logement et, plus largement, celle de l’architecture durable.

Visite de la maison en vidéo

Ingénieur de formation, Marc Muller s’est également impliqué personnellement dans la construction de son logement. « J’ai participé activement à toutes les étapes du chantier, de la maçonnerie à la menuiserie, en passant par la plomberie. Mon objectif était d’exploiter au mieux les atouts naturels du site. »

Une architecture intégrée et organique

L’approche architecturale adoptée privilégie une conception en symbiose avec l’environnement du bien. Dès le premier coup d’œil, un élément frappant s’impose au visiteur : l’utilisation de la végétation comme régulateur thermique naturel. En été, un feuillage dense filtre l’ensoleillement, tandis qu’en hiver, les branches dégarnies laissent passer la chaleur solaire, optimisant ainsi le confort thermique du foyer.

Une isolation de 60 centimètres de paille et des fenêtres en triple vitrage complètent le dispositif naturel, calqué sur le rythme des saisons. En complément, un poêle à bois assure un apport en chauffage tout en contribuant à la production d’eau chaude durant l’hiver.

Autre exemple d’optimisation des ressources et des atouts locaux, la maison repose sur une ossature en bois issu des forêts des Préalpes fribourgeoises, situées à proximité. @IMPACT LIVING

Le toit est équipé de panneaux photovoltaïques d’une puissance de 12 kW, permettant d’alimenter les équipements domestiques et de contribuer au chauffage de l’eau sanitaire.

Enfin, un système de batteries permet encore de stocker l’énergie excédentaire, utilisée notamment pour recharger les véhicules et les vélos électriques. Tout le dispositif repose en partie sur l’utilisation de batteries de seconde vie au lithium.

Autonomie et circularité

Autre exemple d’optimisation des ressources et des atouts locaux, la maison repose sur une ossature en bois issu des forêts des Préalpes fribourgeoises, situées à proximité. Quant aux murs de la structure, ils intègrent en partie la terre excavée lors des travaux extérieurs réalisés pour la construction de la piscine naturelle du jardin.

Mélangée à du sable et de la paille, cette ressource locale présente un double avantage, à la fois architectural et structurel, en apportant à l’habitation solidité et inertie thermique. L’absence de murs porteurs intérieurs offre, en outre, une grande flexibilité d’aménagement et une modularité accrue sur le long terme.

Dernier aspect clé du projet : la gestion de l’eau. « J’ai conçu un système de collecte et de filtration de l’eau de pluie sur le toit, permettant de couvrir l’ensemble des besoins domestiques », explique Marc Muller. « Le dispositif offre une capacité de stockage de 6 000 litres. »

Cette approche, à la fois ingénieuse et minimaliste, se traduit par des performances remarquables, tant en matière de confort que de coûts. Autonome sur le plan énergétique et hydrique, l’habitation n’est raccordée ni au réseau d’eau ni à celui d’électricité, tout en assurant suffisamment de ressources pour l’arrosage du jardin et du potager. À noter encore : les charges mensuelles du logement ne dépassent pas 50 francs, une somme exclusivement consacrée à l’achat du bois de chauffage.

Un parcours atypique orienté vers les défis futurs 

Aussi originale que performante sur les plans durable et énergétique, la maison de Marc Muller est en grande partie le fruit du déclic environnemental vécu par l’ingénieur en 2002, lors d’un séjour dans une ferme canadienne. « C’est précisément pendant ce voyage qu’une prise de conscience s’est opérée en moi. J’ai alors réalisé qu’il était tout à fait possible de concilier qualité de vie et respect de l’environnement au sein d’un habitat à la fois modeste, humble et confortable – des dimensions pourtant souvent opposées dans l’inconscient collectif », raconte-t-il.

L’absence de murs porteurs intérieurs offre, en outre, une grande flexibilité d’aménagement et une modularité accrue sur le long terme. @IMPACT LIVING

À son retour en Suisse, il se tourne vers les énergies renouvelables, déterminé à accompagner la transition écologique auprès des collectivités et des entreprises. Il s’intéresse tout particulièrement aux mécanismes psychologiques et décisionnels qui favorisent le changement.

Cette réflexion s’affine lors d’un tour du monde entrepris en 2009 à bord d’un véhicule solaire-électrique conçu par des étudiants en ingénierie. Pendant deux ans, il parcourt ainsi quatre continents, échangeant avec des acteurs de la transition énergétique.

Au fil des ans, sa conviction principale s’est consolidée autour d’un même constat : la réussite de la transition écologique repose avant tout sur la transmission de savoir-faire pratiques. « Dans cette optique, nous devons former rapidement des professionnels dans les domaines de la construction, de l’agriculture et de l’énergie. Les défis futurs impliquent avant tout une réappropriation des compétences concrètes, essentielles à la mise en œuvre de la transition. »

Prise de conscience et tendance durable

La maison écologique de l’ingénieur, dont le concept abouti constitue un exemple d’engagement et d’implication durable, s’inscrit également dans une tendance croissante des logements écoresponsables.

« Outre les normes et réglementations de plus en plus exigeantes qui encadrent le secteur de la construction, aussi bien pour les rénovations que pour les nouvelles constructions, j'observe une réelle prise de conscience et une volonté de bien faire du côté des maîtres d'ouvrage et des propriétaires, qu'ils soient privés ou institutionnels », ajoute Marc Muller.

Selon lui, le principal défi reste néanmoins l’aspect économique pour de nombreuses personnes, car un projet architectural durable implique un certain investissement. « S’il peut représenter un effort initial, il s’avère dans tous les cas rentable sur le long terme grâce aux économies d’énergie réalisées. »

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