« Pour des millions de personnes actives dans les marchés émergents, la durabilité n’est pas un objectif ESG abstrait, elle est une question d’accès à l’énergie, de résilience économique et, souvent, de survie », rappelle Louiza Savchenko de MK Global Kapital.
« Alors que nos systèmes économiques sont remarquablement sophistiqués lorsqu’il s’agit de mesurer certaines formes de valeur, celle générée par un écosystème en bonne santé demeure largement absente des mécanismes ordinaires », regrette David French, CEO de My Drop In The Oceans.
La microfinance verte, le maillon manquant de la transition énergétique
« Pour des millions de personnes actives dans les marchés émergents, la durabilité n’est pas un objectif ESG abstrait, elle est une question d’accès à l’énergie, de résilience économique et, souvent, de survie », rappelle Louiza Savchenko de MK Global Kapital.
La transition énergétique ne se gagnera pas uniquement dans les centres financiers ou lors des grandes conférences internationales. Elle se jouera aussi dans les villages ruraux d’Asie centrale, dans les petites exploitations agricoles d’Europe de l’Est et dans les décisions d’investissement quotidiennes d’entrepreneurs longtemps restés à l’écart des circuits financiers traditionnels.
Pour des millions de ménages et de petites entreprises actifs dans les marchés émergents, la durabilité n’est pas un objectif ESG abstrait. Elle est une question d’accès à l’énergie, de résilience économique et, souvent, de survie. Le véritable enjeu n’est donc pas de savoir si la transition verte doit avoir lieu, mais si elle peut devenir financièrement accessible. C’est précisément là que la microfinance verte s’impose comme un levier essentiel de la transition énergétique.
Un rôle en évolution
Pendant des années, la microfinance s’est principalement concentrée sur l’inclusion financière, en offrant aux petits entrepreneurs, aux agriculteurs et aux populations mal desservies un accès au crédit. Aujourd’hui, son rôle évolue. De plus en plus, les institutions de microfinance et les sociétés de leasing financent les technologies qui rendent les économies locales plus propres, plus résilientes et moins dépendantes.
Elles observent notamment une forte croissance de la demande de financements destinés aux systèmes d’énergie renouvelable, aux équipements agricoles économes en énergie, aux véhicules électriques et hybrides, ainsi qu’aux pratiques agricoles adaptées aux défis climatiques. Au Kirghizistan, les financements verts représentent déjà près de 10 % du portefeuille de Bailyk Finance, signe que la demande de solutions financières durables n’est plus marginale dans les économies émergentes. L’importance de cette évolution ne doit pas être sous-estimée.
Dans de nombreux marchés émergents, la transition énergétique ne peut pas reposer exclusivement sur de grands projets d’infrastructure. Les régions rurales souffrent souvent d’une couverture limitée des réseaux énergétiques, de systèmes de transport vieillissants et d’un accès insuffisant aux équipements modernes. Dans le même temps, les petits exploitants agricoles et les entrepreneurs locaux restent particulièrement vulnérables aux aléas climatiques, à la hausse des coûts de l’énergie et à une utilisation inefficace des ressources. La microfinance verte répond à ces défis à l’échelle locale.
Une transition durable dépend aussi de la capacité des ménages, des agriculteurs et des entrepreneurs à participer concrètement à cette transformation.
Plutôt que de financer la transition uniquement par le biais de grands projets industriels, elle permet aux particuliers et aux PME d’adopter directement des technologies plus propres dans le cadre de leurs activités. Un agriculteur peut financer par leasing un équipement moderne à faibles émissions, selon des modalités adaptées à la saisonnalité de ses revenus. Un entrepreneur du secteur des transports peut accéder à des véhicules hybrides sans avoir à supporter des coûts initiaux prohibitifs. Quant aux ménages ruraux, ils peuvent financer des améliorations visant à réduire leur consommation énergétique, avec des bénéfices immédiats sur leurs dépenses et leur qualité de vie.
L’agriculture demeure au cœur de cette transformation. Dans des pays comme la Roumanie, la Moldavie, le Tadjikistan ou le Kirghizistan, elle constitue à la fois un moteur économique et un pilier de la stabilité sociale. Pourtant, les modèles agricoles traditionnels reposent souvent sur des équipements obsolètes, une utilisation inefficace de l’énergie et des capacités de financement limitées. En facilitant l’accès à des prêts agricoles verts et à des solutions de leasing adaptées, les institutions financières peuvent accélérer l’émergence d’écosystèmes agricoles plus durables, tout en soutenant les moyens de subsistance des populations rurales.
La microfinance verte génère également un impact environnemental mesurable au-delà du secteur agricole. Les sociétés de leasing présentes sur nos marchés financent un nombre croissant de véhicules électriques et hybrides, tandis que les modèles de mobilité partagée contribuent à réduire les embouteillages et les émissions dans les centres urbains. Cette transition décentralisée est particulièrement pertinente dans les villes émergentes, où l’urbanisation rapide exige des alternatives concrètes à des systèmes de mobilité fortement consommateurs de ressources.
Démocratiser la transition énergétique
Mais l’apport le plus important de la microfinance verte réside peut-être dans sa capacité à démocratiser la transition énergétique. Trop souvent, les discussions sur la durabilité se concentrent sur les gouvernements, les multinationales ou les investisseurs institutionnels. Pourtant, une transition durable dépend aussi de la capacité des ménages, des agriculteurs et des entrepreneurs à participer concrètement à cette transformation.
D’après nos données, 68 % des emprunteurs finaux vivent en zone rurale et 62 % exercent une activité agricole. Or, ces populations figurent à la fois parmi les plus exposées aux risques climatiques et parmi les plus essentielles au développement durable.
La transition vers une économie plus verte ne pourra réussir que si elle est inclusive. Les marchés émergents ne manquent ni d’esprit d’entreprise ni de volonté d’adaptation. Ce qui leur fait souvent défaut, ce sont des mécanismes de financement capables de transformer les ambitions en matière de durabilité en opportunités économiques concrètes.
La microfinance verte contribue à combler cette lacune. En associant inclusion financière et investissements en faveur du climat, elle crée un modèle dans lequel transition environnementale et développement économique se renforcent mutuellement au lieu de s’opposer. Dans un monde à la recherche de solutions climatiques à la fois déployables à grande échelle et socialement durables, il pourrait bien s’agir de l’une des transformations les plus importantes qui soient.
« Alors que nos systèmes économiques sont remarquablement sophistiqués lorsqu’il s’agit de mesurer certaines formes de valeur, celle générée par un écosystème en bonne santé demeure largement absente des mécanismes ordinaires », regrette David French, CEO de My Drop In The Oceans.
En s'inspirant de l'exemple espagnol, une récente étude de la HES-SO Valais a cherché à évaluer l’impact de nouvelles capacités nucléaires dans un marché électrique à forte part de renouvelables.