Le renouvelable offre sa revanche aux pays du Sud de l’Europe
Alors que les prix des énergies fossiles flambent, la facture s’avère moins salée en Espagne et au Portugal, deux pays en avance dans le déploiement des énergies renouvelables.
Alors que les prix des énergies fossiles flambent, la facture s’avère moins salée en Espagne et au Portugal, deux pays en avance dans le déploiement des énergies renouvelables.
Dans son rapport du mois d’avril, l’Agence internationale de l'énergie alerte sur le fait que nous sommes probablement en train de faire face à « la plus grande perturbation des approvisionnements pétroliers de notre histoire ». En quelques semaines de conflit entre les États-Unis - alliés à Israël - et l’Iran, sur fond de blocage du détroit d’Ormuz, le constat est sans appel : le prix de l’essence s’envole aux quatre coins du monde.
La hausse est particulièrement brutale dans les pays occidentaux. Aux États-Unis, les prix ont vite grimpé, dépassant en moyenne les 4 dollars le gallon, avec des niveaux encore plus élevés dans certains États, comme la Californie. En Europe, la hausse est généralisée, avec des prix se rapprochant rapidement des 2 € le litre en France, ou des 2 francs pour le sans-plomb en Suisse.
La facture s’avère toutefois un peu moins salée au Sud de l’Europe et plus spécifiquement en Espagne et au Portugal, deux pays en avance dans le déploiement des énergies renouvelables. En comparaison avec leurs voisins, selon les évaluations du quotidien barcelonais El Periódico de Catalunya, le prix de l’électricité par mégawattheure atteignait à peine 50 euros au mois de mars, alors qu’en Allemagne il dépassait déjà les 100 euros.
« Aucun coupable unique », mais plutôt « un cocktail de facteurs ayant contribué à la panne »... Président du conseil d'administration d'ENTSO-E, Damian Cortinas a préféré éviter de désigner un responsable précis en présentant les conclusions d'un rapport très attendu, l'ultime volet d’une crise qui a secoué tout le sud de l’Europe au printemps 2025. Après un an de travail, les auteurs de cette vaste enquête ont finalement fait preuve de prudence en évitant d’attribuer directement la responsabilité du blackout et en répertoriant pas moins de 17 facteurs qui, selon eux, ont joué un rôle dans la panne.
Tout en confirmant l’origine géographique de la panne géante - dans le sud de l’Espagne -, les experts évoquent des « circonstances très localisées » ainsi qu’une « conjonction de facteurs imprévus » ayant conduit à des surtensions en cascade, affectant l’ensemble du réseau au sud de l'Europe. « L’inefficacité du contrôle de la tension au sein du système électrique espagnol » serait le facteur déterminant à l’origine de cette panne majeure. Celle-ci serait notamment liée à un cadre réglementaire local insuffisant pour gérer un système électrique de plus en plus complexe, compte tenu de la montée en puissance des énergies renouvelables.
« Ce document met en évidence une problématique centrale liée à la gestion de la tension dans le système électrique, en identifiant plusieurs causes. Parmi celles-ci figurent notamment le pilotage encore manuel de certains dispositifs de réglage, une contribution parfois trop “rigide” des énergies renouvelables au maintien de la tension, ainsi que des réglages inadéquats des protections sur certaines centrales. À cela s’ajoutent une participation imparfaite de certaines installations de production à l’équilibre du réseau et des marges de gestion de la tension jugées trop étroites, ce qui limite la capacité d’adaptation en cas d’imprévu », explique Nicolas Charton, directeur général chez E-CUBE Strategy Consultants.
Selon cet expert, le rapport précise clairement que ces difficultés ne constituent pas un problème intrinsèque aux énergies renouvelables. « En revanche, le développement croissant de productions décentralisées implique une transformation des modes de gestion du réseau afin d’éviter, à l’avenir, que des événements non maîtrisés ne fragilisent l’ensemble du système par effet domino. » O.W.
L’option choisie par ces deux pays d’investir massivement dans le solaire, l’éolien et d’autres sources d’énergie renouvelable est aujourd’hui en train de porter ses fruits. Elle résulte d’un pari pris il y a plusieurs années.
En Espagne, la progression des énergies renouvelables a été particulièrement rapide. Elle repose principalement sur deux piliers : l’énergie éolienne, historiquement bien implantée, et surtout le photovoltaïque, dont la capacité a connu une expansion spectaculaire depuis 2018. L’Espagne est ainsi devenue l’un des principaux producteurs d’électricité solaire en Europe, franchissant le cap symbolique de 50 % d’électricité produite à partir de sources renouvelables durant la période Covid. À l’horizon 2030, au vu de sa politique très ambitieuse, le pays vise environ 81 % d’électricité verte.
Du côté du Portugal, bien que de taille plus modeste, le pays affiche une avance remarquable en proportion. En 2023, il pouvait se prévaloir d’une production électrique déjà issue à 61 % de sources d’énergie renouvelable. Le modèle portugais repose historiquement sur l’hydroélectricité, complétée par un développement important de l’éolien et, plus récemment, du photovoltaïque. À l’instar de son voisin, le pays affiche des objectifs ambitieux, avec 85 % d’électricité renouvelable d’ici 2030 et une neutralité carbone à l’horizon 2045.
« Grâce à des coûts avantageux dans les énergies renouvelables, l’Espagne et le Portugal peuvent se réindustrialiser plus rapidement », estime Gosia Pajkowska, porte-parole du cabinet McKinsey.
Pour les deux États du sud de l’Europe, cette stratégie ne se contente plus de produire des effets en matière de réduction de ses émissions de carbone : elle offre également un avantage concurrentiel de plus en plus tangible sur le plan économique et industriel. L’an dernier, l’Espagne a affiché une croissance de 2,9 %, et le Portugal de 2 %, tandis que celle de la zone euro atteignait à peine 1,4 %. Dans le contexte actuel, marqué par l’envolée des prix des énergies fossiles, Madrid a récemment assuré être le pays le mieux armé en Europe pour encaisser le choc.
Dans son dernier numéro, « Swissquote Magazine » est revenu sur ce pari gagnant des énergies renouvelables et sur la « santé économique insolente » de ces deux pays basés au sud du Vieux Continent. « Grâce à leurs ressources naturelles, qui se traduisent par des coûts avantageux dans le domaine des énergies renouvelables (–20 %), et à leurs solides bases dans le secteur des carburants verts, l’Espagne et le Portugal peuvent se réindustrialiser plus rapidement », expliquait au magazine financier Gosia Pajkowska, porte-parole du cabinet McKinsey.
Précisons toutefois qu’une telle trajectoire n’aurait pas été possible sans le soutien de l’Union européenne, notamment à travers son plan REPowerEU, lancé à la suite de la crise énergétique provoquée par l’invasion de l’Ukraine en 2022. Plusieurs milliards d’euros ont ainsi été alloués à l’Espagne et au Portugal afin de développer leurs réseaux de transport, de distribution et de stockage. Certains incidents récents, dont le blackout survenu au printemps 2025, ont d’ailleurs montré que cette transition reste inachevée et continue de poser des défis colossaux.