La flambée des énergies fossiles ne remet pas en cause la dynamique des renouvelables

« Les conflits ont replacé les marchés de l’énergie au centre de l’attention, avec un regain d’intérêt pour les énergies fossiles. Sur le long terme, les gagnants pourraient toutefois bien se trouver ailleurs », avertit Benedict Fatio, responsable du marché francophone de DNB Asset Management.

La flambée des énergies fossiles ne remet pas en cause la dynamique des renouvelables
Benedict Fatio, responsable du marché francophone de DNB Asset Management.

Paradoxalement, les crises énergétiques d’origine géopolitique ne freinent plus aujourd’hui l’électrification de la société ; elles tendent, au contraire, à l’accélérer. En mettant en lumière la vulnérabilité des systèmes reposant sur les énergies fossiles, elles renforcent la nécessité d’un modèle énergétique plus résilient.

À court terme, le mécanisme est clair : la hausse des prix de l’énergie soutient les marges des producteurs traditionnels de pétrole et de gaz. Dans un environnement marqué par des contraintes d’approvisionnement et des niveaux de production relativement stables, les groupes du secteur fossile bénéficient de cette augmentation des prix de marché. Les marchés actions réagissent, logiquement, dans le même sens. Toutefois, cette dynamique demeure trompeuse.

Historiquement, un pétrole cher finit généralement par freiner la demande et par accroître la volatilité des marchés, ce qui complique les décisions d’investissement à long terme. À cela s’ajoute une fragilité plus profonde : les énergies fossiles restent étroitement liées au contexte géopolitique et demeurent, de ce fait, particulièrement exposées aux crises.

Les énergies renouvelables ont atteint une nouvelle échelle. Depuis 2025, elles produisent à l’échelle mondiale davantage d’électricité que le charbon.

Transition énergétique en cours

Une transformation de fond est en train de s’accélérer et se reflète de plus en plus clairement dans les marchés financiers. Les énergies renouvelables ont désormais atteint une nouvelle échelle. Depuis 2025, elles produisent à l’échelle mondiale davantage d’électricité que le charbon. Et leur part continue de progresser : elles pourraient répondre à environ 36 % des besoins dès 2026.

Pour les investisseurs, l’enjeu est désormais de comprendre comment cette évolution se traduit concrètement. La chaîne de valeur de la transition énergétique est vaste : elle s’étend de la production d’énergie aux solutions d’efficacité, en passant par la transformation industrielle. Plusieurs entreprises spécialisées se positionnent déjà sur différents segments de cette dynamique.

Prenez le géant Ørsted, il illustre, par exemple, le développement des capacités de production d’énergie renouvelable, notamment dans l’éolien offshore. Alors qu'un acteur comme Darling Ingredients répond à la montée des besoins en efficacité des ressources et en intrants durables, le groupe Novonesis (anciennement Novozymes) contribue à rendre les procédés industriels plus efficaces et durables grâce à des solutions biotechnologiques. Ces quelques exemples — parmi tant d’autres — illustrent le nombre de piliers clés propres à la transition énergétique, allant de la production d’électricité à l’économie circulaire et à l’amélioration de l’efficacité industrielle.

La logique d’investissement diffère ainsi fondamentalement de celle des énergies fossiles. Là où les groupes pétroliers et gaziers restent très dépendants des fluctuations de prix à court terme, la croissance des énergies renouvelables repose de plus en plus sur une demande structurelle.

Souveraineté et demande en hausse

La forte hausse attendue de la demande en électricité constitue l’un des principaux moteurs de cette dynamique, en particulier sous l’effet de la digitalisation et de l’intelligence artificielle. Les centres de données devraient voir leurs besoins énergétiques croître fortement, accentuant ainsi la pression sur les réseaux électriques.

Chaque kilowattheure supplémentaire produit à partir de l’éolien ou du solaire réduit la dépendance à des régions géopolitiquement sensibles.

Le mouvement est renforcé par une allocation de capitaux massive. À l’échelle mondiale, environ 2 200 milliards de dollars ont récemment été investis dans les énergies renouvelables, dont une part significative dans le solaire, les réseaux et les solutions de stockage par batteries. Ces investissements sont moins cycliques que ceux du secteur fossile et répondent davantage à des objectifs économiques et politiques de long terme.

La question de la souveraineté énergétique prend, elle aussi, de l’ampleur. Chaque kilowattheure supplémentaire produit à partir de l’éolien ou du solaire réduit la dépendance à des régions géopolitiquement sensibles. Si les énergies fossiles peuvent donc bénéficier des crises à court terme et offrir des opportunités tactiques, sur le plan structurel, les tendances restent toutefois favorables aux énergies renouvelables, soutenues par la hausse de la demande, l’ampleur des investissements et la montée en puissance des technologies.

Les entreprises positionnées tout au long de la chaîne de valeur de la transition énergétique — de la production à l’efficacité énergétique, en passant par les infrastructures de réseau — sont particulièrement bien placées pour bénéficier de ces tendances de fond. Le principal défi reste toutefois celui de la sélection : même au sein d’un marché des énergies renouvelables en forte croissance, toutes les entreprises ne bénéficieront pas de cette dynamique dans les mêmes proportions.

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