À Santa Marta, une étape décisive vers l’après-pétrole a été franchie

« En créant un espace de dialogue plus souple, associant dès l’amont les collectivités, les peuples autochtones et les acteurs économiques, la conférence esquisse un modèle complémentaire aux négociations onusiennes traditionnelles », estime Pierrette Rey, porte-parole du WWF Suisse.

À Santa Marta, une étape décisive vers l’après-pétrole a été franchie
Pierrette Rey, porte-parole du WWF Suisse.

Fin avril 2026, la ville de Santa Marta, en Colombie, a accueilli une conférence internationale inédite spécifiquement consacrée à l’un des défis les plus complexes de notre époque : l'abandon des énergies fossiles. Cette rencontre, coorganisée par la Colombie et les Pays-Bas, a réuni 58 pays – dont la Suisse – représentant à eux seuls plus de la moitié du PIB mondial, 30 % de la population de la planète et près de 20 % de la production totale de charbon, de pétrole et de gaz.

Cette conférence marque un tournant. Bien que la communauté internationale se soit mise d'accord, lors de la COP28, sur une transition équitable visant à sortir des énergies fossiles, à tripler les capacités en énergies renouvelables et à doubler l’efficacité énergétique, c’est précisément la sortie des énergies fossiles qui reste l'objectif présentant le plus grand déficit de mise en œuvre.

Un contexte mondial bouleversé

Le fait est que, ces dernières années, le contexte mondial a radicalement changé. La résurgence du déni climatique, l’imposition de droits de douane, l’escalade des différends commerciaux et la prolifération des conflits armés – dont beaucoup ont été amplifiés par la désinformation et la mésinformation – ont profondément transformé le contexte dans lequel s’inscrivait la phase de mise en œuvre de l’Accord de Paris et des résultats du Sommet de la Terre.

Parmi les avancées importantes figure la création d’un comité scientifique composé d’experts issus des domaines du climat, de l’économie et de la technologie.

Il est de plus en plus difficile de faire avancer les dossiers et de parvenir à un consensus. La COP29, et plus encore la COP30, ont reflété cette nouvelle réalité. L’adoption d’une décision formelle en séance plénière s’est révélée impossible, ce qui a conduit le Brésil à proposer une voie alternative pour organiser la sortie des énergies fossiles : l’élaboration d’une feuille de route sous son égide. Parallèlement, la Colombie et les Pays-Bas avaient déjà annoncé leur intention d’accueillir une conférence spécifiquement consacrée à ce processus crucial.

Cette conférence insuffle donc un nouvel élan aux efforts internationaux en faveur du climat. Les discussions ont mis en évidence une réalité désormais largement partagée : la décarbonation ne relève pas uniquement de la technologie, mais implique une transformation profonde des systèmes économiques et sociaux.

Un appel lancé à la Suisse

La situation en Suisse montre l’urgence de sortir des énergies fossiles, pour des raisons à la fois climatiques et financières. Pétrole et gaz nous coûtent environ 18 milliards de francs par an. Des alternatives respectueuses du climat existent et doivent être rendues accessibles à toutes et à tous. Elles renforcent notre indépendance énergétique et allègent le budget des ménages helvétiques. Le WWF, aux côtés d’autres organisations, appelle la Confédération, les cantons et la population à agir rapidement. Dans le cadre d'un appel à signature, les ONG proposent cinq mesures concrètes qui permettraient de réduire les émissions, de renforcer la résilience et de diminuer les coûts énergétiques.

Le WWF salue le rôle moteur joué par les pays du Sud. Cela souligne l’importance de ce type de coopération pour l’avenir, compte tenu de la nécessité d’une transition coordonnée. Une deuxième conférence est d’ores et déjà prévue en 2027 à Tuvalu, en collaboration avec l’Irlande. Cette continuité vise à maintenir la pression politique et à assurer un suivi des progrès accomplis, tout en élargissant progressivement la coalition des pays engagés.

Une nouvelle feuille de route

Au-delà du calendrier, c’est l’architecture même des négociations multilatérales sur le climat qui est en train d’évoluer. Des avancées ont été enregistrées dans trois domaines prioritaires. D’abord, l’élaboration de feuilles de route nationales intégrant les décisions prises lors de la COP28. Ensuite, la gestion des dépendances économiques et la réforme de l’architecture financière. Enfin, le rééquilibrage du commerce et des investissements au service de la décarbonation.

Cette approche marque une inflexion importante : elle reconnaît que la transition ne pourra réussir sans s’attaquer aux ancrages structurels des économies dans les combustibles fossiles, qu’ils soient budgétaires, industriels ou sociaux. Elle souligne également que la crédibilité des engagements internationaux dépendra désormais de leur traduction en politiques concrètes, adaptées aux réalités nationales.

À Santa Marta, une dynamique s’est enclenchée. La suite dépendra désormais de la capacité des États à faire de cette « coalition des volontaires » un véritable levier de transformation mondiale.

Parmi les avancées importantes figure la création d’un comité scientifique spécialisé, composé d’experts issus des domaines du climat, de l’économie et de la technologie. Son rôle sera de renforcer le lien entre la science et la décision politique, de restaurer la confiance dans le processus, de remobiliser les citoyens et d’éclairer les choix à venir.

Ce comité formulera chaque année, jusqu’en 2035, des recommandations destinées à contribuer à l’élaboration des futures mesures et à accompagner la mise en œuvre des politiques de sortie progressive des énergies fossiles. Il contribuera aussi à mieux intégrer les dimensions climatiques, sociales et économiques de la transition, tout en renforçant l’engagement des scientifiques issus des pays du Sud.

Vers un multilatéralisme climatique

En filigrane, Santa Marta redessine les contours du multilatéralisme climatique. En créant un espace de dialogue plus souple, associant dès l’amont les collectivités, les peuples autochtones et les acteurs économiques, la conférence esquisse un modèle complémentaire aux négociations onusiennes traditionnelles. Ce modèle pourrait s’avérer déterminant pour les prochaines étapes internationales, notamment en vue de la COP31 et des cycles suivants.

La sortie des énergies fossiles constitue indéniablement un processus politique, mais tout autant un processus économique. Elle offre l’occasion d’orienter la planète vers une économie plus équitable et plus inclusive. Les énergies renouvelables sont désormais une réalité tangible, comme le démontre un rapport récent : au cours du premier semestre 2025, l’énergie solaire et l’énergie éolienne ont progressé plus rapidement que la demande mondiale d’électricité, permettant aux énergies renouvelables de dépasser le charbon dans le mix électrique mondial.

Un défi central demeure toutefois : concrétiser cet élan. La transition devra concilier sécurité énergétique, justice sociale et transformation économique, tout en tenant compte des profondes disparités entre les pays. Elle exigera des investissements massifs, une coordination internationale inédite et une implication durable des sociétés.

À Santa Marta, une dynamique s’est enclenchée. La suite dépendra désormais de la capacité des États et de leurs partenaires à faire de cette « coalition des volontaires » un véritable levier de transformation mondiale.

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