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« Ne devrions-nous pas, en tant que sociétés, accepter d’engager des discussions plus honnêtes, moins chargées d’affects et d’idéalisme, sur cette question du nucléaire ? », questionne Daniella Gorbunova, journaliste à la Fédération des Entreprises Romandes Genève.
Oui, le nucléaire, ça fait peur. Tchernobyl en 1986, Fukushima en 2011… On peut également citer la catastrophe de Kychtym, survenue en 1957. Cette explosion au complexe nucléaire de Maïak — une usine de retraitement du combustible nucléaire située en Union soviétique — est classée comme le troisième accident nucléaire le plus grave que notre planète n’ait jamais connu. Difficile, dès lors, de ne pas associer cette énergie à un imaginaire apocalyptique.
Problème : nous ne pouvons actuellement pas nous en passer. Surtout dans le cadre de notre effort global visant à décarboner la Terre. Si cet état de fait fait encore tiquer certains milieux, surtout politiques — de la gauche à la droite, en passant par le centre selon les pays — il est pourtant admis par la plupart des gouvernements. Cette année encore, à l’occasion de la COP30, il a été rappelé que l’énergie nucléaire joue un rôle indispensable dans la transition vers des sources d’énergie propres.
Or comment décarboner sans nucléaire dans un monde qui, loin de tendre vers davantage de sobriété, se montre toujours plus gourmand en énergie ? Le recours global à l’électricité, par exemple, est en hausse constante. La faute, principalement, aux nouvelles technologies : véhicules électriques, centres de données, expansion fulgurante de l’intelligence artificielle… Comme le rappelle une étude de l’École polytechnique fédérale de Lausanne, « une requête ChatGPT est dix fois plus gourmande en électricité qu’une recherche Google traditionnelle ». Cela ne nous empêche pas, pour autant, de recourir massivement à ces nouveaux outils.
Comment s’accommoder de cette ressource qui, à juste titre, nous hérisse — un peu ou beaucoup — les poils ?
Face à cette réalité, les organisations internationales, relayées par les médias, affirmaient en début d’année que « la production d’électricité nucléaire va atteindre un niveau record dans le monde en 2025 », représentant un peu moins de 10 % de la production électrique globale selon les premières estimations.
C’est ce qui explique que le Japon, pourtant loin d’avoir oublié la catastrophe de 2011, s’apprête à relancer la plus grande centrale nucléaire du monde, Kashiwazaki-Kariwa. Cette dernière compte sept réacteurs et s’étend sur 400 hectares.
Alors, comment s’accommoder de cette ressource qui, à juste titre, nous hérisse — un peu ou beaucoup — les poils ? Surtout à l’heure où la sûreté du stockage de ses déchets reste constamment débattue. Leur entreposage dans des couches géologiques profondes, l’option privilégiée en Suisse, a récemment été pointé du doigt par un rapport de Greenpeace, qui évoque des risques de fissures et de fuites radioactives à long terme. Et ce, malgré les assurances de La Nagra (coopérative nationale pour l'élimination des déchets radioactifs), qui assure avoir la situation en mains.
Nous ne sommes pas entièrement maîtres de tous les risques liés à cette énergie. C’est précisément là qu’intervient la pensée de Jean-Marc Jancovici, ingénieur, enseignant et conférencier spécialisé dans les questions d’énergie et de climat, dont les analyses sont réputées pour leur pragmatisme et leur nuance. Il écrivait en 2024 : « Le nucléaire est une marge de manœuvre dont il ne faut surtout pas se passer dans un monde qui va chercher à se décarboner. Mais c’est une marge de manœuvre parmi d’autres. Et on ne doit surtout pas occulter que l’on va devoir devenir beaucoup plus sobres, même si l’on fait beaucoup de nucléaire. Les réacteurs ne vont pas suffire pour que le monde continue comme aujourd’hui. »
Alors, plutôt que de brandir les épouvantails des horreurs passées ou, à l’inverse, d’idéaliser une énergie qui comporte son lot de risques et de craintes légitimes, ne devrions-nous pas, en tant que sociétés, accepter d’engager des discussions plus honnêtes, moins chargées d’affects et d’idéalisme, sur cette question ?