« Un label peut orienter les flux financiers vers la production d’énergie en Suisse »

Président de l’Association valaisanne des producteurs d’énergie électrique (AVPEE) et directeur général des FMV, Stéphane Maret défend avec vigueur cette initiative. entretien

« Un label peut orienter les flux financiers vers la production d’énergie en Suisse »
Stéphane Maret, président de l’Association valaisanne des producteurs d’énergie électrique (AVPEE) et directeur général des FMV. DR

Après les abricots et les asperges, le Valais entend désormais apposer son célèbre label « Marque Valais » à la production d’électricité issue de ses barrages, de ses éoliennes et de l’ensemble des panneaux solaires installés dans le canton. À en croire Franziska Biner, cheffe du Département des finances et de l’énergie, « l’énergie d’origine renouvelable, en particulier l’hydroélectricité, fait partie de l’identité et de l’avenir du Valais ».

Cette volonté de faire du canton romand une terre d’accueil pionnière en matière d’énergie 100 % renouvelable, locale et durable est déjà partagée par plusieurs fournisseurs régionaux, à l’image de Sinergy à Martigny (130 millions de kilowattheures d’électricité distribués chaque année) ou de EnBAG à Brigue (175 millions de kilowattheures). « Nos clients accordent une importance croissante à la provenance de l’énergie. Avec ce produit, nous pourrons proposer une électricité valaisanne portée par des acteurs engagés et responsables », explique John Sieber, directeur du fournisseur brigois.

Président de l’Association valaisanne des producteurs d’énergie électrique (AVPEE) et directeur général des FMV, Stéphane Maret défend avec vigueur cette initiative, certes quelque peu saugrenue au regard des lois de la physique, qui déterminent le trajet des électrons dans le réseau et rendent leur provenance impossible à identifier. Entretien.

On parle souvent d’une véritable jungle au vu du nombre de labels existants de nos jours. Était-il dès lors vraiment pertinent de labelliser l’électricité produite en Valais ?

Aujourd’hui, la « Marque Valais », portée par Valais Promotion, bénéficie d’une forte notoriété. Elle constitue même le label le plus connu de Suisse romande avec 53 % des personnes interrogées déclarant le connaître. De nombreux produits valaisans sont commercialisés sous cette appellation, notamment les abricots, les asperges, le vin et bien d’autres spécialités régionales.

Selon un constat dressé par Damien Constantin, directeur de Valais Promotion et responsable de la Marque Valais, lorsqu’on se rend à Zurich, les gens connaissent bien les vins et les produits valaisans, mais ignorent souvent que le Valais est le principal producteur d’énergie renouvelable de Suisse.

Notre volonté a été de mettre à disposition de ceux qui le souhaitent un moyen simple, fiable et facilement associable à la production hydroélectrique afin d’en garantir clairement l’origine valaisanne. Il s’agit avant tout d’indiquer que cette énergie est renouvelable, locale et issue du Valais.

L’électricité est, par nature, mouvante. Celle-ci se mélange aux différentes sources à travers le réseau. Résultat : il est impossible de déterminer l’origine exacte de l’électricité que l'on consomme et donc de savoir si elle est labellisée ou non…

Vous avez raison : les électrons suivent les lois de Gustav Kirchhoff. En tant qu’ingénieur électricien, je peux vous le confirmer : ce sont bien ces lois physiques qui déterminent le trajet des électrons dans le réseau. Cela relève des sciences exactes.

En revanche, ce sont les labels qui orientent les flux d’investissement. Autrement dit, lorsque, demain, des consommateurs à Genève, Zurich ou Sion décideront d’acheter de l’électricité labellisée « Marque Valais », ils orienteront en réalité des flux financiers en faveur de kilowattheures (kWh) produits localement et durablement.

En cas de crise majeure, les clients ayant réservé cette énergie labellisée disposeront des kWh achetés auprès d’un producteur valaisan.

À cela s’ajoute un enjeu de sécurité d’approvisionnement. Si des distributeurs — comme c’est déjà le cas aujourd’hui — achètent de l’énergie valaisanne pour les quatre ou cinq prochaines années, ils sécurisent leur approvisionnement sur le long terme. Ainsi, en cas de crise énergétique majeure, de pénurie ou de restrictions de consommation, les clients ayant réservé cette énergie disposeront des kWh achetés auprès d’un producteur valaisan.

On peut établir une analogie simple : si vous achetez aujourd’hui des asperges valaisannes pour l’année prochaine, vous serez livré. De la même manière, si vous achetez des kWh d’énergie valaisanne pour l’année suivante, vous bénéficierez de cette énergie, qu’elle provienne physiquement du barrage de Mauvoisin, de la Grande Dixence ou d’ailleurs.

Ce label constitue-t-il un moyen de trouver les financements nécessaires pour investir dans le réseau ainsi que dans la production d’énergie renouvelable ?

Le réseau n’est pas directement concerné puisque, en tant que système monopolistique, les opérateurs disposent de garanties de revenus précisément destinées à assurer les investissements nécessaires à son bon fonctionnement.

En revanche, un label peut effectivement orienter les flux financiers vers la production d’énergie en Suisse et, dans notre cas, en Valais. Aujourd’hui, de nombreux distributeurs s’approvisionnent librement et à court terme là où ils le souhaitent, ce qui pourrait engendrer, à l’avenir, des risques en matière d’approvisionnement.

Nous en avons eu une illustration en 2022. À cette période, une combinaison d’événements a conduit à une crise énergétique majeure. En France, près d’un tiers des centrales nucléaires étaient à l’arrêt en raison de problèmes de corrosion. Parallèlement, la guerre en Ukraine déclenchée par la Russie a fortement perturbé les marchés de l’énergie. C’est l’enchaînement de ces facteurs qui a provoqué la crise énergétique que nous avons connue.

La situation actuelle liée à la guerre au Moyen-Orient est quelque peu différente. Il n’existe pas, à ce stade, de menace immédiate majeure pesant sur la sécurité de l’approvisionnement électrique en Suisse, sauf en cas d’aggravation durable affectant les importations européennes durant l’hiver. En revanche, on observe une pression haussière ainsi qu’une volatilité accrue des prix de l’électricité, en particulier sur les marchés de gros et les contrats exposés aux fluctuations du marché.

Votre initiative représente donc une forme de garantie en faveur de l’approvisionnement de base ?

On peut le voir ainsi. Il s’agit avant tout d’une démarche portée par les producteurs eux-mêmes, ainsi que d’une opportunité offerte aux membres de l’Association valaisanne des producteurs d’énergie électrique (AVPE) d’apposer un label d’origine valaisanne sur l’électricité qu’ils produisent.

Les distributeurs entrent ensuite en jeu. Ce sont eux qui devront expliquer à leurs clients qu’ils s’approvisionnent auprès de producteurs tels qu’Axpo, Alpiq, FMV ou d’autres acteurs suisses en électricité labellisée « Marque Valais ».

Ils pourront ainsi annoncer à leurs clients — par exemple aux habitants de Martigny dans le cas de Sinergy — : « Vous bénéficiez d’une énergie 100 % “Marque Valais”. Nous vous garantissons une électricité issue de la production valaisanne. » Les consommateurs locaux auront ainsi la possibilité de choisir une électricité portant le label valaisan.

Ce label ne risque-t-il pas de renchérir le prix de l’énergie pour les distributeurs et, indirectement, pour les consommateurs ?

Aujourd’hui, ce n’est pas le cas, car notre industrie repose essentiellement sur une logique d’offre et de demande. Nous vendons notre énergie au prix de référence du marché, à l’échelle européenne. Bien qu’il existe certaines différences liées aux frontières ou aux coûts de transport, il s’agit globalement d’un marché commun doté d’un prix de référence partagé, pouvant inclure — ou non — une garantie d’origine.

Actuellement, certains consommateurs adoptent une approche strictement économique et considèrent que l’origine de l’énergie importe peu : qu’elle provienne du gaz allemand, du nucléaire français ou d’un barrage valaisan, ils choisissent simplement l’option la moins chère. Ils paient donc uniquement le prix de l’énergie, sans en valoriser la provenance.

La situation est toutefois en train d’évoluer. Avec la transition énergétique en cours la consommation d’électricité devrait augmenter, notamment en raison de l’électrification des usages : véhicules électriques, chauffage, etc. Dans ce contexte, l’origine de l’énergie représente une sécurité d’approvisionnement et donc un élément stratégique central.

C’est précisément dans cette optique que s’inscrit notre démarche. Néanmoins, à ce stade, il n’est pas possible de fixer un prix spécifique pour cette offre, celui-ci demeurant déterminé par les mécanismes du marché.

Si d’autres cantons souhaitent mettre en place des démarches similaires, ce serait une bonne chose dans un pays dont 70 % de l’énergie provient de l’importation.

Pourtant, en matière de prix, n’est-ce pas finalement vous qui tenez le couteau par le manche ?

Cela dépend des périodes. En cas de crise énergétique, les producteurs se retrouvent effectivement en position de force. Ce sont donc eux qui « tiennent le couteau par le manche » comme vous le dites. En revanche, lorsque les prix du marché sont bas — comme c’est le cas de nos jours — le rapport de force s’inverse et ce sont davantage les distributeurs qui ont l’avantage.

En 2022, les prix de l’énergie étaient extrêmement élevés. Aujourd’hui, ils sont nettement plus bas. À cela s’ajoutent des variations saisonnières : en été, la production est souvent excédentaire par rapport à la consommation, ce qui renforce la position des distributeurs. En hiver, en revanche, la demande augmente fortement, ce qui peut redonner un avantage aux producteurs. Il faut rappeler qu’il s’agit d’un marché libre, où les prix fluctuent en permanence, parfois même d’un jour à l’autre.

Seriez-vous ouvert à ce que d’autres régions de Suisse romande adoptent leur propre label ?

Nous lançons cette initiative en Valais parce que nous en maîtrisons les mécanismes. Mais, selon moi, si d’autres cantons disposant d’énergies renouvelables locales souhaitent mettre en place des démarches similaires, ce serait une très bonne chose dans un pays dont 70 % de l’énergie consommée provient de l’importation (en incluant les énergies fossiles).

Du point de vue de la sécurité d’approvisionnement et de la réussite de la transition énergétique, de tels labels suisses seraient positifs, car ils permettraient d’orienter les flux financiers vers la production d’énergie en Suisse.

Dans ce contexte, si des cantons comme Grisons ou le Tessin labellisent eux aussi leur production d’énergie renouvelable, cela ne poserait aucun problème. Au contraire : une telle évolution serait bénéfique, car la Suisse manquera de toute façon d’énergie renouvelable à l’avenir, notamment en raison de l’électrification croissante des usages et de la décarbonation de l’énergie.

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