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« Les événements survenus en Espagne et à Berlin ne constituent pas de simples faits divers mais bien des avertissements : le réseau énergétique d’hier n’est pas à la hauteur pour répondre aux défis de demain », alerte Philippe Dogny, cet expert des énergies renouvelables au sein du groupe Eaton.
Les pannes électriques massives survenues en Espagne le 28 avril 2025, ainsi que la coupure de courant prolongée à Berlin au début de l’année, ont mis en lumière une réalité que le secteur de l’énergie ne peut plus ignorer : nos réseaux électriques subissent des pressions sans précédent et doivent répondre à des exigences toujours plus élevées.
Le vieillissement des infrastructures, l’accélération de l’électrification, l’intégration rapide des énergies renouvelables et l’évolution constante des menaces en matière de sécurité imposent une action immédiate pour gérer la complexité croissante du réseau.
Quatre tendances interdépendantes redéfinissent en profondeur la manière dont les gestionnaires de services publics doivent planifier, exploiter et investir pour, littéralement, « garder les lumières allumées ». Comprendre ces tendances et y répondre efficacement est essentiel pour garantir la résilience et la fiabilité du réseau au cours des décennies à venir. Dans une société et une économie toujours plus interconnectées, cette maîtrise est aujourd'hui une nécessité pour le quotidien de chaque citoyen.
La modernisation s’accélère parallèlement à une transition marquée par des modèles plus durables. Ces deux dynamiques convergent désormais. Des réglementations telles que la révision du règlement européen sur les gaz fluorés, qui interdira dès 2026 l’utilisation du SF₆ dans les nouveaux appareillages à moyenne tension (jusqu’à 24 kV), accélèrent l’adoption de technologies plus propres et plus avancées.
À mesure que les réseaux se numérisent et se décentralisent, leur exposition aux risques s’accroît, rendant indispensable un renforcement de leur protection à tous les niveaux.
La transition rapide du secteur vers des alternatives éprouvées et sans SF₆ démontre que les opérateurs n’ont plus à choisir entre durabilité et fiabilité. En investissant dans des équipements modernes et respectueux de l’environnement, souvent plus fiables et moins contraignants en matière de maintenance, ils peuvent à la fois renforcer la résilience du réseau et progresser vers les objectifs de décarbonation.
La sécurité du réseau ne constitue plus un défi unidimensionnel. Le black-out survenu dans la péninsule Ibérique en 2025, provoqué par une cascade de défaillances techniques, a mis en évidence la nécessité de renforcer la robustesse structurelle des réseaux ainsi que la stabilité de la tension au sein d’infrastructures gérant des flux énergétiques toujours plus complexes.
La panne survenue à Berlin au mois de janvier a illustré une tout autre forme de menace : celle d’une attaque physique menée de manière délibérée. Ces deux événements témoignent de la double vulnérabilité à laquelle sont confrontés les gestionnaires de réseaux (GRD). À mesure que les infrastructures se numérisent et se décentralisent, leur exposition aux risques s’accroît, rendant indispensable un renforcement de leur protection à tous les niveaux.
La consommation électrique entre dans une nouvelle phase de croissance. L’essor de l’intelligence artificielle stimule l’expansion rapide des centres de données. Selon certaines projections, notamment celles de McKinsey, ces infrastructures pourraient représenter jusqu’à 5 % de la consommation électrique totale de l’Europe d’ici 2030.
Cette nouvelle hausse de la demande s’ajoute à des réseaux déjà mis à rude épreuve par l’électrification massive des transports et du chauffage, une transition toutefois indispensable à l’atteinte des objectifs climatiques. Les infrastructures existantes sont ainsi sollicitées bien au-delà de leur conception initiale. Pour répondre durablement à cette demande croissante, des modernisations ciblées ainsi que des stratégies de gestion de charge plus intelligentes vont vite s'imposer.
Les GRD ont besoin de plus d'infrastructures intelligentes, automatisées, et capables de répondre en temps réel à une complexité croissante.
Déterminer par où commencer et comment orienter les investissements demeure complexe. Face à la multiplication des transformations qui affectent le secteur, une approche stratégique continue et coordonnée est indispensable. Il devient essentiel de prioriser les interventions en fonction de leur impact et de leur degré d’urgence.
Les GRD ont besoin de plus d'infrastructures intelligentes, automatisées, et capables de répondre en temps réel à une complexité croissante. Les technologies numériques offrent une plus grande visibilité et un meilleur contrôle, tout en visant un niveau de protection élevé face aux cyberattaques.
Les outils d’analyse avancée, les jumeaux numériques et la maintenance prédictive deviennent indispensables pour gérer les engorgements du réseau et détecter les pannes ou les menaces potentielles avant qu’elles ne surviennent. En déployant ces solutions, les opérateurs peuvent optimiser l’utilisation des actifs existants tout en posant les bases d’un réseau plus résilient, flexible et capable de gérer des flux énergétiques bidirectionnels complexes issus d’une multitude de sources décentralisées.
Les événements survenus en Espagne et à Berlin ne constituent pas de simples faits divers mais bien des avertissements. Ensemble, ces quatre tendances dressent un constat sans appel : le réseau énergétique d’hier n’est pas à la hauteur pour répondre aux défis de demain.
Garantir une alimentation énergétique résiliente, fiable et sécurisée exige un effort coordonné en matière d’investissement stratégique, d’innovation rapide et de renforcement de la sécurité. Dans un monde toujours plus électrifié et numérique, le coût de l’inaction devient tout simplement trop élevé.