Avec les surplus croissants issus du photovoltaïque — en particulier durant l’été — certains consommateurs européens sont désormais incités, voire rémunérés, à augmenter leur consommation d’électricité à certains moments de la journée. Mais qu’en est-il en Suisse ?
Et si votre fournisseur vous payait pour consommer de l’électricité ?
Avec les surplus croissants issus du photovoltaïque — en particulier durant l’été — certains consommateurs européens sont désormais incités, voire rémunérés, à augmenter leur consommation d’électricité à certains moments de la journée. Mais qu’en est-il en Suisse ?
Que faire des surplus d’énergie solaire, particulièrement fréquents lors des pics estivaux ? Cette question constitue l’un des principaux défis encore non résolus de la transition énergétique. Or le problème est désormais largement connu : les énergies renouvelables dépendent fortement des conditions météorologiques et voient donc leur production fortement variée suivant les saisons et moments de la journée.
En cas de production excédentaire et faute d’une demande suffisante — comme c’est de plus en plus souvent le cas en été avec le photovoltaïque — cette électricité doit être évacuée, voire détruite. On parle alors « d’énergie fatale », c’est-à-dire d’énergie produite mais non valorisée. Cette situation ne concerne d’ailleurs pas uniquement la Suisse, mais l’ensemble des pays engagés dans une transition vers des infrastructures énergétiques renouvelables. Elle pousse donc les pays à faire preuve d’originalité pour tenter de réduire le gaspillage lié à cette surabondance croissante d’énergie.
Stratégies européennes
En France, le fournisseur d’électricité ENGIE a par exemple lancé, l’automne dernier, les « Happy Heures Vertes », une offre permettant aux clients de bénéficier de deux heures d’électricité gratuite durant l’après-midi. À l'aide de spots publicitaires encore diffusés sur les chaînes françaises, le producteur cherche à encourager l’adoption de nouvelles habitudes de consommation au sein des foyers.
L’an dernier, les Pays-Bas ont également lancé la campagne nationale « Zet ook de knop om » (« Changez aussi vos habitudes énergétiques »), visant à inciter les ménages à déplacer une partie de leur consommation électrique en dehors des pics de demande du soir et réduire ainsi la congestion du réseau. Cette initiative fait écho à celle récemment mise en place en Royaume-Uni.
Au cours du printemps, le Royaume-Uni a en effet dévoilé à son tour une nouvelle stratégie nationale destinée à absorber plus efficacement les surplus croissants d’électricité durant l’été et à atténuer les tensions pesant à la fois sur le réseau et sur les factures des Britanniques.
De nouvelles mesures ont ainsi été élaborées pour encourager les citoyens à augmenter leur consommation d’énergie lorsque la production atteint des niveaux records. En collaboration avec les fournisseurs nationaux, ces incitations devraient s’accompagner de tarifs adaptés, avec une électricité proposée à prix très réduit, voire gratuitement.
Tarifs dynamiques
Qu’en est-il pour la Suisse ? Le pays est-il tout aussi actif auprès de la population pour l’inciter à revoir sa manière de consommer l'électricité et éviter de devoir recourir à l’écrêtage des installations, une pratique consistant à brider la production ?
À en croire l’Association des entreprises électriques suisses (AES), la réponse semble positive. Il serait en effet déjà relativement courant que « certains consommateurs — actifs sur le marché libre — soient rémunérés pour augmenter leur consommation lors des périodes de surplus de production, lorsque les prix de l’électricité sur le marché deviennent nuls, voire négatifs ».
Plébisciter l’autoconsommation
En complément des tarifications plus dynamiques envisagées par les électriciens suisses, une autre piste pour limiter les conséquences des pics solaires estivaux réside dans des solutions plus locales. Romande Energie insiste notamment sur les avantages de l’autoconsommation ainsi que sur l’installation de batteries permettant de répondre ultérieurement à d’éventuels besoins énergétiques.
« La motivation du client producteur ne résiderait alors plus dans la rémunération de l’énergie injectée dans le réseau, mais bien dans la réduction sensible de sa facture d’électricité, le prix du kWh prélevé sur le réseau étant supérieur à celui du kWh injecté », explique Michèle Cassani, porte-parole du GRD romand.
D’après l’Office fédéral de l'énergie (OFEN), l’autoconsommation joue effectivement un rôle central dans la rentabilité des installations photovoltaïques actuelles. « L’électricité consommée directement sur place n’est soumise ni aux frais d’utilisation du réseau ni aux différentes taxes appliquées à l’électricité prélevée sur le réseau public », rappelle Fabien Lüthi. Le spécialiste médias et politique de l’OFEN précise encore que « les économies réalisées grâce à l’autoconsommation constituent désormais le principal facteur de rentabilité pour les producteurs d’énergie solaire ». O.W.
Tout en précisant que la solution britannique concerne uniquement les fournisseurs et commercialisateurs d’électricité (CFO), et non les gestionnaires de réseau de distribution (GRD), Romande Energie évoque, de son côté, la possibilité — introduite cette année — de proposer des tarifs dynamiques tenant notamment compte des zones géographiques. Cette flexibilité pourrait conduire à des tarifs négatifs pour la composante réseau de la facture d’électricité.
« Cette tarification dynamique fait actuellement l’objet de tests auprès de plusieurs clients. Les premiers retours sont encourageants, car ils montrent un réel impact sur les habitudes de consommation, les utilisateurs adaptant davantage leur comportement en fonction des signaux tarifaires », précise Michèle Cassani, porte-parole de Romande Energie.
Ce dynamisme tarifaire constitue visiblement l’un des piliers centraux de la stratégie suisse visant à encourager une consommation d’électricité plus flexible. « Grâce à des tarifs variables — selon les périodes jour/nuit, hiver/été ou même d’heure en heure — les gestionnaires de réseau peuvent inciter les consommateurs à utiliser davantage d’électricité lorsque celle-ci est abondante et, par conséquent, meilleur marché », confirme Fabien Lüthi, spécialiste médias et politique à l’Office fédéral de l'énergie (OFEN).
Communication défaillante ?
L’Association des entreprises électriques suisses anticipe également une généralisation des tarifications dynamiques : « Les ménages vont adapter de plus en plus leur consommation d’électricité en fonction des variations de prix, notamment grâce au développement des appareils connectés et des systèmes intelligents capables de piloter automatiquement certains usages énergétiques », explique Annalisa Job, responsable de la communication de l’AES.
Cette transformation des habitudes ne se fera toutefois probablement pas de manière spontanée. Contrairement aux publicités diffusées en France ou aux campagnes nationales menées dans d’autres pays européens, la Suisse reste encore très/trop timide en matière de communication.
« Alors que les GRD disposent de la possibilité de mettre en place des mesures incitatives afin d’influencer la consommation et de les communiquer directement aux clients concernés, cette possibilité est encore rarement exploitée », regrette Fabien Lüthi. Le porte-parole de l'OFEN rappelle toutefois que, par l’intermédiaire de SuisseEnergie, les Suisses disposent d’informations détaillées sur l’utilisation optimale des installations photovoltaïques.
« En créant un espace de dialogue plus souple, associant dès l’amont les collectivités, les peuples autochtones et les acteurs économiques, la conférence esquisse un modèle complémentaire aux négociations onusiennes traditionnelles », estime Pierrette Rey, porte-parole du WWF Suisse.
Installée à proximité du campus Energypolis, à Sion, la start-up y développe une technologie de capture d’un genre particulier : une membrane de graphène percée de trous à l’échelle moléculaire.