Il est temps que la Suisse s’engage fermement dans la lutte contre la crise climatique

« Refuser d’agir aujourd’hui, c’est accepter demain des coûts bien plus élevés — qu’il s’agisse de dommages climatiques, de dépendance énergétique ou de perte de prospérité », alerte Pierrette Rey, porte-parole du WWF Suisse.

Il est temps que la Suisse s’engage fermement dans la lutte contre la crise climatique
Pierrette Rey, porte-parole du WWF Suisse.

En mars prochain, le peuple suisse se prononcera sur une initiative qui pourrait marquer un tournant dans la politique environnementale du pays : l’initiative pour un Fonds Climat. Celle-ci prévoit la création d’un fonds alimenté par la Confédération afin d’accélérer la transition vers une économie durable. Pour la Suisse, cette mesure représente l'opportunité d’accélérer la décarbonisation et de renforcer la sécurité énergétique tout en créant des emplois.

La crise climatique est une urgence. Ses effets se font déjà sentir : canicules, inondations et sécheresses se multiplient. Les objectifs climatiques de la Suisse sont encore loin d’être atteints. L’initiative propose une solution concrète pour combler ce retard.

La nécessité d'un fonds climatique

L’initiative prévoit d’investir chaque année entre 0,5 % et 1 % du PIB suisse, soit entre 4 et 8 milliards de francs. Il s’agit d’un investissement certes significatif, mais nécessaire pour répondre à l’ampleur des défis. Ce montant permettrait de financer le développement des énergies renouvelables, la mobilité respectueuse du climat ainsi que la rénovation des bâtiments, tout en soutenant la population dans un effort collectif. Ce fonds ne ne représente pas uniquement des moyens supplémentaires, mais joue le rôle de catalyseur pour des projets essentiels pour l’avenir du pays.

Certains, dont le Conseil fédéral, affirment que la Suisse dispose déjà d’une politique climatique active. Pourtant, les deux milliards actuellement mobilisés sont clairement insuffisants. D’autant plus qu’ils proviennent que marginalement du budget général: la majorité est financée par des taxes et redevances prélevées sur les consommateurs et les émetteurs, conformément au principe du « pollueur-payeur ». L’effort collectif réel consenti par l’État reste donc limité.

La véritable rigueur budgétaire ne consiste pas à économiser sur le climat, mais à investir là où chaque franc engagé permet d’éviter des dizaines de francs de coûts futurs.

Ce sous-investissement est d’autant plus difficile à comprendre que les bénéfices économiques de la décarbonisation sont considérables. Chaque année, en effet, l’importation d’énergies fossiles coûte à la Suisse, selon les fluctuations des prix du marché mondial, environ 8 milliards de francs. Réduire cette dépendance permettrait d’alléger durablement la facture des ménages, de renforcer la sécurité énergétique et de préserver la valeur ajoutée au sein de l’économie nationale. À l’horizon 2050, les économies annuelles liées à la diminution des importations d’énergies fossiles pourraient être du même ordre de grandeur que les investissements requis, avec des effets positifs qui se prolongeraient bien au-delà.

À cela s’ajoutent les coûts liés aux dommages climatiques, souvent invisibles dans le débat politique. Selon les estimations officielles, chaque tonne d’équivalent CO₂ émise engendre environ 430 francs de coûts externes. Rapporté aux émissions actuelles, ce montant représente près de 20 milliards de francs par an pour la Suisse — et plus de 40 milliards si l’on prend en compte les émissions liées à la consommation. Ces coûts ne disparaissent pas : ils sont simplement reportés sur les générations futures et sur d’autres pays.

Si certains investissements climatiques ne sont pas réalisés spontanément, ce n’est pas parce qu’ils seraient globalement non rentables, mais parce que le marché est imparfait. Les coûts climatiques ne sont pas intégrés dans les prix, les bénéfices ne reviennent pas toujours aux investisseurs — comme dans le cas des rénovations énergétiques des bâtiments — et de nombreux acteurs manquent de liquidités ou d’informations. Dans ce contexte, se contenter du statu quo revient à entretenir une illusion économique.

Un appel à l’action

Une politique climatique crédible ne repose pas uniquement sur des subventions, mais sur une combinaison cohérente d’incitations, de règles claires et d’investissements publics ciblés. L’objectif doit être clair : combler le retard et susciter dès à présent les investissements nécessaires, techniquement réalisables et financièrement soutenables. Il s’agit d’investissements rentables, tant sur le plan économique que sociétal. L’initiative pour un Fonds Climat offrirait des leviers concrets pour y parvenir.

Refuser d’agir aujourd’hui, c’est accepter demain des coûts bien plus élevés — qu’il s’agisse de dommages climatiques, de dépendance énergétique ou de perte de prospérité. La véritable rigueur budgétaire ne consiste pas à économiser sur le climat, mais à investir là où chaque franc engagé permet d’éviter des dizaines de francs de coûts futurs.

Or la Suisse a les moyens d’agir. Ce qui manque, ce n’est pas l’argent, mais la volonté de regarder la réalité économique en face. Il est donc plus que temps que la Suisse s’engage fermement dans la lutte contre la crise climatique. L’initiative est une chance de montrer que le pays peut être à la hauteur de ses ambitions climatiques. Elle constitue un investissement dans un avenir durable, prospère et résilient.

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