Avec ses bateaux électriques volants, Mobyfly compte réinventer le transport lacustre

Depuis 2020, la start-up suisse poursuit une ambition claire : transformer le transport de passagers sur l’eau grâce à une nouvelle génération de foils. Derrière cette technologie se cache une promesse séduisante d’embarcations rapides, silencieuses, confortables et électriques.

Avec ses bateaux électriques volants, Mobyfly compte réinventer le transport lacustre
Si les foils existent depuis plusieurs décennies, ceux développés par MobyFly n’ont plus grand-chose à voir avec les modèles historiques. Ces derniers ont laissé place à des systèmes dynamiques pilotés électroniquement, capables d’ajuster en permanence leur comportement aux conditions de navigation. @mobyfly

Imaginez la scène : une multitude de navettes fendant les eaux pour relier les différents ports du Léman. Pouvant accueillir jusqu’à 300 passagers, celles de MobyFly pourraient bien révolutionner la mobilité régionale sur le lac. « Des études sont actuellement menées avec les autorités suisses et françaises afin d’évaluer le potentiel de nouvelles lignes de navettes rapides », affirme Sue Putallaz, CEO d’une jeune pousse qu’elle a cofondée avec Anders Bringdal, Thomas Putallaz et Ricardo Bencatel.

Avec des temps de trajet potentiellement divisés par deux, la solution développée par MobyFly apparaît particulièrement pertinente dans la région du Haut-Lac, côté Chablais, au vu du déficit actuel de transports publics et d’axes routiers régulièrement saturés. « Notre objectif n’est pas de remplacer le rail ou la route, mais de compléter les infrastructures existantes avec une solution plus rapide à mettre en œuvre et moins coûteuse qu’un nouveau projet ferroviaire ou autoroutier », assure l’entrepreneure.

Le marché visé par la start-up est par ailleurs loin de se limiter aux frontières du Léman. Plus de deux milliards de personnes empruntent chaque année des transports maritimes ou fluviaux et des pays comme la Norvège ou le Japon nourrissent de grandes ambitions dans le domaine des « fast ferries ». Les débouchés pour la jeune société suisse sont donc potentiellement énormes. Elles dépassent en tout cas largement les capacités de production actuelles des trois acteurs les plus avancés dans le domaine des navettes électriques à foils : Candela en Suède, Artemis au Royaume-Uni et MobyFly en Suisse.

Conjuguer vitesse et confort

L’histoire de la start-up commence en 2020 avec une vision ambitieuse : démontrer qu’un bateau peut conjuguer vitesse et efficacité énergétique, sans compromis sur le confort. Après six années de labeur, la jeune entreprise dispose aujourd’hui d’un prototype révolutionnaire. Derrière son design épuré et moderne, sa navette se distingue notamment par ses foils dynamiques, une technologie développée en interne par MobyFly.

« Là où les bateaux rapides traditionnels provoquent souvent des secousses, les passagers décrivent ici une sensation de “tapis volant” », explique Sue Putallaz, CEO de Mobyfly.

Ces « foils », placés à l’avant, sont entièrement rétractables et compatibles avec tous les types de ports, quelle que soit la profondeur de l’eau. Une fois en mouvement, grâce à ces ailes immergées pilotées électroniquement, la navette s’élève au-dessus de la surface et élimine une grande partie des frottements avec l’eau. « En produisant très peu de vagues, le bateau consomme jusqu’à 80 % d’énergie de moins qu’un navire conventionnel de taille comparable, tout en accélérant sa vitesse », explique Sue Putallaz.

Cette quasi-absence de contact avec la surface de l’eau réduit également fortement les nuisances sonores et améliore sensiblement le confort à bord. « Là où les bateaux rapides traditionnels provoquent souvent des secousses, les passagers décrivent ici une sensation de “tapis volant” », détaille la CEO de MobyFly. Que ce soit pour les transports publics ou pour certains opérateurs touristiques — un autre segment de marché visé par la start-up —, cette combinaison de vitesse et de confort constitue un avantage concurrentiel majeur.

« Des études sont actuellement menées avec les autorités suisses et françaises afin d’évaluer le potentiel de nouvelles lignes de navettes rapides sur le Léman », affirme Sue Putallaz, CEO de Mobyfly. @mobyfly

Du prototype ...

Pour atteindre ces performances, MobyFly a dû concevoir son propre bateau. Les fondateurs se sont en effet rapidement aperçus qu’aucune coque existante sur le marché ne permettait d’exploiter pleinement leur technologie. L’entreprise a donc choisi de développer un modèle spécifiquement optimisé pour être léger, aérodynamique et parfaitement adapté à ses foils. « Si nous avions installé notre technologie sur un bateau non optimisé, nous n’aurions jamais obtenu les mêmes gains énergétiques », assure Sue Putallaz.

Pour autant, MobyFly n’est pas un constructeur naval au sens classique du terme. Son cœur de métier réside dans le développement des foils, de la chaîne de propulsion électrique et des logiciels de pilotage. L’entreprise s’appuie sur un réseau industriel international pour la fabrication. Les coques sont produites au Portugal, tandis que la motorisation et la chaîne de propulsion sont développées en Suisse. Le logiciel propriétaire, quant à lui, est conçu entre la Suisse et le Portugal. Les foils sont dessinés par les équipes de MobyFly, puis fabriqués par des partenaires spécialisés avant d’être intégrés à l’ensemble.

... à la phase commerciale

Aujourd’hui, l’entreprise emploie 26 collaborateurs répartis entre la Suisse, la France et le Portugal. Cette organisation lui permet de conjuguer savoir-faire industriel, expertise logicielle et proximité avec ses futurs clients. Après six années de recherche et développement, la start-up entre dans une nouvelle phase de son développement : celle du passage du prototype à une version commercialisable.

Un premier bateau pourrait commencer à sillonner le Léman dès l’an prochain. Il sera toutefois d’abord testé au Portugal, où il est assemblé. « Même si nos foils ont déjà été éprouvés sur les eaux du Léman, les essais en conditions océaniques permettent de valider leur comportement dans des situations plus exigeantes que celles rencontrées sur les lacs », explique la CEO de MobyFly.

Si les foils existent depuis plusieurs décennies, ceux développés par MobyFly n’ont plus grand-chose à voir avec les modèles historiques. Ces derniers ont laissé place à des systèmes dynamiques pilotés électroniquement, capables d’ajuster en permanence leur comportement aux conditions de navigation. Cette intelligence embarquée constitue aujourd’hui l’un des principaux avantages technologiques de l’entreprise.

« Les investisseurs se montrent aujourd’hui beaucoup plus réservés à l’égard des cleantech, même lorsque les modèles économiques sont solides », regrette Sue Putallaz.

Evolution dans un contexte difficile

Comme souvent pour une start-up, le parcours de MobyFly est loin d’avoir été un long fleuve tranquille. L’entreprise a dû composer avec les revirements politiques de ces dernières années ainsi qu’avec la réorientation des capitaux vers d’autres secteurs jugés plus attractifs, à l’image de l’engouement actuel pour les grands modèles de langage (LLM) et l’intelligence artificielle. « Les investisseurs se montrent aujourd’hui beaucoup plus réservés à l’égard des cleantech, même lorsque les modèles économiques sont solides », regrette Sue Putallaz.

Cette réalité n’a toutefois pas empêché la start-up de boucler, en 2025, une levée de fonds de 10,1 millions de francs auprès de plusieurs investisseurs, dont une contribution significative de Crédit Mutuel Impact. « Cet investissement s'inscrit parfaitement dans le cadre de notre engagement à promouvoir des solutions efficaces et évolutives dans le secteur des transports. Nous sommes fiers de soutenir MobyFly dans le cadre de la mise sur le marché de sa technologie de transport à zéro émission », déclarait Sabine Schimel, directrice générale de Crédit Mutuel Impact, dans un communiqué de presse.

Le déclenchement de la guerre en Ukraine en 2022, puis les turbulences apparues autour du détroit d’Ormuz, ont rappelé notre dépendance persistante aux énergies fossiles. Des événements qui jouent en faveur de MobyFly, même si l’argument environnemental ne semble peser que peu peser dans la balance. « Les opérateurs maritimes regardent avant tout le retour sur investissement. Bien avant les considérations environnementales, ce qui les intéresse, ce sont les économies d’énergie, la réduction des coûts d’exploitation et la qualité de service offerte aux passagers », explique l’entrepreneure.

Le revers de la médaille de l'instabilité géopolitique actuelle se situe aux niveaux des chaînes d’approvisionnement mondiales. Certains composants électroniques proviennent exclusivement d’Asie et subissent directement les conséquences des tensions géopolitiques ainsi que des difficultés logistiques internationales. L’entreprise indique avoir déjà accumulé plusieurs semaines de retard sur la livraison de certains composants critiques et travaille activement avec ses partenaires afin de sécuriser ses approvisionnements.

Certification du bateau

Pour les mois à venir, MobyFly devra relever un autre défi majeur : la certification de son bateau. Aucun modèle électrique à foils dynamiques destiné au transport commercial de passagers n’a encore obtenu l’ensemble des homologations nécessaires. L’entreprise est donc engagée dans une démarche pionnière qui pourrait lui permettre de devenir la première société au monde à certifier ce type d’embarcation.

Sur ce dossier, Sue Putallaz regrette que les procédures d’homologation en Suisse ne permettent pas d’envisager une certification avant 2027. Selon elle, ces démarches administratives sont moins complexes et moins chronophages en France, où elles reposent notamment sur des organismes de certification indépendants tels que Bureau Veritas. Dans ce contexte, le premier bateau commercial de MobyFly pourrait être homologué sous pavillon français plutôt que suisse.

Génial ! Vous vous êtes inscrit avec succès.

Bienvenue de retour ! Vous vous êtes connecté avec succès.

Vous êtes abonné avec succès à SwissPowerShift.

Succès ! Vérifiez votre e-mail pour obtenir le lien magique de connexion.

Succès ! Vos informations de facturation ont été mises à jour.

Votre facturation n'a pas été mise à jour.

Lire gratuitement

Abonnez-vous à notre newsletter et accédez ainsi directement à tous nos contenus sans ce popup.

Vérifiez vos emails 📩

Un email avec un lien de connexion vient de vous être envoyé, merci pour votre inscription.