« Jusqu’où est-il juste de faire porter aux locataires le poids de l’encouragement accordé aux propriétaires pour produire leur électricité et réaliser ainsi des économies, voire des bénéfices ? », s’interroge Christian Rod, expert de la transition énergétique et fondateur de la société CREST.
Après plus de dix ans consacrés à la conception et à l'industrialisation de sa technologie, l'entreprise entre désormais dans une nouvelle phase : celle de la commercialisation de ses toutes premières usines installées sur un camion.
Depuis un demi-siècle, la Fondation Énergie bataille pour permettre une meilleure compréhension des enjeux énergétiques, souvent complexes mais qui touchent toute la population, et nourrir le débat démocratique.
Le prix de reprise du solaire baisse : une bonne nouvelle pour la transition énergétique ?
« Jusqu’où est-il juste de faire porter aux locataires le poids de l’encouragement accordé aux propriétaires pour produire leur électricité et réaliser ainsi des économies, voire des bénéfices ? », s’interroge Christian Rod, expert de la transition énergétique et fondateur de la société CREST.
Le photovoltaïque a connu une progression fulgurante au cours des dernières années. En une décennie, entre 2014 et 2024 — dernière année pour laquelle les chiffres officiels de Swissolar sont disponibles —, la puissance installée a été multipliée par sept, pour atteindre un total de près de 6 GW.
Cette forte progression n’est pas restée sans conséquence sur les prix de rachat. Même si l’amplitude de leur évolution est sans commune mesure avec celle de la production photovoltaïque, la tendance de ces dernières années est clairement à la baisse. Et ce, même en faisant abstraction de la flambée des prix observée autour de 2023 en raison de la guerre en Ukraine.
Cette réduction progressive des prix de reprise suscite de nombreuses réactions, tous bords politiques confondus. Là où certains défenseurs de la transition énergétique accusent les entreprises électriques de réaliser des profits indus et appellent à leur nationalisation, les opposants y voient la preuve de l’échec de cette même transition, incapable, selon eux, de financer de manière pérenne les énergies renouvelables.
Et si la vérité était plus nuancée que ne le laissent entendre ces discours parfois simplistes ? Cette baisse des prix de rachat ne serait-elle pas plutôt la preuve, par l’exemple, que la transition énergétique est sur la bonne voie ?
Des centimes étroitement réglementés
Les entreprises électriques ont l’obligation de reprendre l’immense majorité de l’énergie solaire produite dans leur zone de desserte — pour les installations jusqu’à 3 MW, soit une surface équivalente à environ deux terrains de football. Elles doivent ensuite revendre cette énergie sur les marchés ou directement à leurs clients. Afin de protéger la majorité de ces derniers, qui consomment moins de 100 MWh par an, le cadre légal fixe une limite supérieure aux coûts de rachat pouvant être répercutés sur les clients captifs.
Sans détailler les (trop ?) nombreux cas de figure prévus par le législateur, ce mécanisme de protection peut être résumé ainsi : ces coûts ne peuvent pas être supérieurs à la valeur de marché de l’énergie reprise. Cette valeur est calculée et publiée chaque trimestre par l’Office fédéral de l’énergie.
Si cette valeur marchande moyenne sert à plafonner le prix de revente, elle fait également office de limite inférieure pour le prix de rachat. En dehors de la faible marge de manœuvre offerte par la reprise des garanties d’origine, les entreprises électriques ne peuvent ainsi proposer des prix supérieurs aux valeurs trimestrielles qu’en s’exposant à des pertes financières. Des pertes qui sont elles-mêmes supportées par leurs actionnaires, lesquels sont bien souvent des collectivités publiques.
Même si cette évolution s’inscrit parfaitement dans le cadre légal, voir son prix de rachat diminuer année après année n’est certes pas une perspective des plus réjouissantes.
Même si cette évolution s’inscrit parfaitement dans le cadre légal, voir son prix de rachat diminuer année après année n’est certes pas une perspective des plus réjouissantes et peut faire craindre pour la rentabilité de son installation solaire. Ces craintes sont légitimement d’autant plus fortes que les prix de rachat étaient élevés au moment de la réalisation de l’installation.
Pour cette raison, les prix de rachat réglementés comportent également un mécanisme de protection des producteurs. Selon la taille et le type de l’installation photovoltaïque, des prix planchers correspondant à des coûts de revient moyens sont prévus. Les plus petits producteurs, possédant une installation d’une puissance allant jusqu’à 30 kW, sont assurés de toucher au moins 6 centimes pour chaque kilowattheure qu’ils revendent indirectement aux autres consommateurs captifs par l’intermédiaire de leur fournisseur. Et ce, même en été, lorsque cette valeur est bien supérieure au cours de l’énergie sur le marché.
Cette protection ne s’étend malheureusement pas à l’autre extrémité du spectre. Pour les installations de plus de 150 kW, il n’existe aucun mécanisme de ce type. De telles puissances ne concernent généralement pas les particuliers et sont typiques d’installations industrielles aux mains de propriétaires que le législateur considère comme des producteurs professionnels, chargés d’assurer eux-mêmes la commercialisation et la rentabilité de leur énergie. Et ceci sans le soutien indirect des ménages.
Si la vision libérale qui sous-tend ce raisonnement peut prendre tout son sens dans certains cas, elle expose, par ricochet, de nombreux agriculteurs ayant couvert les toits de leurs hangars et de leurs étables de panneaux photovoltaïques. Et même si les communautés électriques locales leur offrent de nouvelles perspectives de valorisation, ces agriculteurs pourraient bien, une fois encore, payer une partie des pots cassés.
Trouver un bon compromis
Cette limitation indirecte des prix de rachat peut certes s’avérer frustrante pour les producteurs, ainsi que pour les plus fervents défenseurs de l’encouragement par les subventions. Mais il est important de rappeler que, de manière similaire à une subvention classique financée par une taxe, un prix de rachat plus élevé, comme certains l’appellent de leurs vœux, serait directement répercuté sur le prix de vente dont doit s’acquitter l’ensemble des consommateurs.
Cette réalité n’est pas sans soulever certaines questions de justice sociale. En effet, jusqu’où est-il juste de faire porter aux locataires le poids de l’encouragement accordé aux propriétaires pour produire leur propre électricité et réaliser ainsi des économies, voire des bénéfices ?
En liant le prix de rachat — et donc, indirectement, le prix de vente — au coût de revient de l’énergie solaire, le législateur encourage la transition énergétique en garantissant une rentabilité minimale.
Ainsi, en liant le prix de rachat — et donc, indirectement, le prix de vente — au coût de revient de l’énergie solaire, le législateur encourage la transition énergétique en garantissant une rentabilité minimale, tout en veillant à ce que les profits d’une minorité ne soient pas financés par la majorité.
La réduction des prix de reprise observée ces dernières années s’inscrit dans la droite ligne de la mise en œuvre de la décision populaire du 9 juin 2024. En permettant de rétribuer équitablement les producteurs tout en limitant l’impact sur la facture des consommateurs, le cadre actuel de rémunération du photovoltaïque assure un équilibre — par définition toujours imparfait — entre les enjeux économiques, sociaux et environnementaux.
Les prix de reprise actuels démontrent ainsi, par l’exemple, qu’une énergie à la fois renouvelable, économiquement viable et socialement juste n’est pas une utopie, mais déjà une réalité !
Après plus de dix ans consacrés à la conception et à l'industrialisation de sa technologie, l'entreprise entre désormais dans une nouvelle phase : celle de la commercialisation de ses toutes premières usines installées sur un camion.
Depuis un demi-siècle, la Fondation Énergie bataille pour permettre une meilleure compréhension des enjeux énergétiques, souvent complexes mais qui touchent toute la population, et nourrir le débat démocratique.
« Le droit d'entrée dans l'électrification est élevé, mais, une fois cet obstacle franchi, des économies substantielles sont possibles », rappelle Dominique Bidou, l'auteur de « Recivilisation »