Selon Henri Klunge, nouvellement élu député dans le canton de Vaud et fondateur d’Alcane Conseils, « la présence de cette petite molécule dans l’eau potable doit nous rappeler que nos activités ne sont pas sans conséquences ni sans risques pour l’environnement ».
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Le 1,2,4-triazole : un nouveau composé chimique sous surveillance dans le Léman
Selon Henri Klunge, nouvellement élu député dans le canton de Vaud et fondateur d’Alcane Conseils, « la présence de cette petite molécule dans l’eau potable doit nous rappeler que nos activités ne sont pas sans conséquences ni sans risques pour l’environnement ».
Le 1,2,4-triazole est une petite molécule cyclique contenant trois atomes d’azote, principalement utilisée dans la fabrication de certains médicaments et pesticides. Elle peut également résulter de la dégradation d’un autre produit. On parle alors de métabolite, comme dans le cas du chlorothalonil.
Récemment détectée dans l’eau potable du Léman à des concentrations dépassant les limites légales, cette substance soulève des questions légitimes. À ce jour, les études disponibles indiquent toutefois que le 1,2,4-triazole ne présente pas de toxicité aiguë aux concentrations actuellement mesurées, soit environ 0,7 µg/L.
Comme pour de nombreux composés chimiques, une exposition prolongée à des doses nettement plus élevées pourrait néanmoins entraîner des effets indésirables. C’est pourquoi les autorités suisses ont appliqué le principe de précaution en fixant une limite très stricte de 0,1 µg/L, bien inférieure aux seuils auxquels des effets sanitaires pourraient être observés. Cette limite vise à garantir une qualité irréprochable de l’eau pour l’ensemble de la population.
Traiter l’eau contaminée
Plusieurs solutions techniques permettent d’éliminer le 1,2,4-triazole de l’eau. Le charbon actif, qui agit comme une éponge en captant les molécules indésirables, peut en éliminer une partie. Son efficacité dépend toutefois de nombreux facteurs, ce qui rend cette solution peu fiable dans le cas présent.
L’osmose inverse, une technique de filtration très fine reposant sur l’utilisation de membranes, permet une élimination plus complète. Son coût et sa complexité limitent néanmoins son utilisation à grande échelle.
Une autre méthode, l’oxydation avancée, combine des ultraviolets et de l’eau oxygénée afin de décomposer chimiquement le composé. Cette approche nécessite toutefois une expertise particulière pour éviter la formation de nouveaux polluants.
Enfin, la biodégradation, qui repose sur l’utilisation de micro-organismes pour dégrader la substance, reste difficile à mettre en œuvre dans le cas de ce composé particulièrement résistant, a fortiori à une si grande échelle.
Nous devons en effet éviter à tout prix un « effet cocktail », où l’accumulation de multiples substances, même à faibles doses, pourrait devenir problématique à long terme.
Prévenir plutôt que guérir
Si ces techniques de traitement sont utiles, la solution la plus durable consiste à empêcher le 1,2,4-triazole de se retrouver dans l’eau. À mon sens, les entreprises doivent prendre leurs responsabilités et faire le maximum pour réduire les rejets de telles substances dans la nature. Elles devraient notamment traiter leurs effluents afin d’éviter que ces composés ne se retrouvent dans l’eau, même lorsqu’elles respectent les limites, déjà strictes, fixées par la Confédération.
Nous devons en effet éviter à tout prix un « effet cocktail », où l’accumulation de multiples substances, même à faibles doses, pourrait devenir problématique à long terme. Cela passe notamment par l’amélioration des procédés industriels afin de limiter les rejets, mais aussi par la mise en place de systèmes permettant de récupérer les résidus avant qu’ils ne quittent les usines.
Attention aux fausses bonnes idées
Quand une substance comme le 1,2,4-triazole pose problème, la tentation est grande de la remplacer par une autre. Pourtant, l’histoire nous a appris que certaines substitutions peuvent s’avérer pires que le mal initial. Avant de remplacer un composé, il est donc essentiel d’évaluer rigoureusement les alternatives disponibles, en étudiant leurs effets potentiels sur la santé et l’environnement. Cette démarche prudente permet d’éviter ce que les spécialistes appellent la « substitution regrettable ».
La toxicité d’une nouvelle substance peut en effet n’être découverte que des années plus tard, le « substitut » passant souvent, dans un premier temps, sous les radars. Le risque est alors de rejeter dans l’environnement un produit potentiellement problématique pendant des décennies, sans que ça se sache. C’est en partie ce que nous observons aujourd’hui avec des substances dont la présence ou les effets suscitent de nouvelles préoccupations, à l’image du 1,2,4-triazole et du chlorothalonil.
La présence de 1,2,4-triazole dans notre eau nous rappelle actuellement que nos activités ne sont pas sans conséquences ni sans risques. Nous devons utiliser la chimie avec parcimonie, rester conscients de ses effets potentiels à long terme et assumer la responsabilité de nos produits en aval de nos activités. Pour y parvenir, une collaboration entre les différents acteurs privés et publics est essentielle pour préserver la qualité de l’eau et protéger la santé de la population.
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