« Le financement participatif permet de participer activement à la transition énergétique »
Entretien avec Lukas Krienbuehl, membre de la direction et responsable de la communication et du financement participatif chez Solarify.
Entretien avec Lukas Krienbuehl, membre de la direction et responsable de la communication et du financement participatif chez Solarify.
Fondée en 2016 et basée à Berne, Solarify poursuit depuis une décennie un objectif simple : démocratiser l’investissement solaire grâce au financement participatif. Son modèle permet aux particuliers comme aux entreprises d’investir directement dans des installations solaires sans disposer de leur propre toiture.
Concrètement, les investisseurs deviennent propriétaires d’un ou de plusieurs modules installés sur le toit d’une PME, d’une exploitation agricole, d’une école ou encore d’un bâtiment communal, dans leur région ou ailleurs en Suisse. Solarify se charge de l’installation, de l’exploitation, de l’entretien, de l’assurance ainsi que de la commercialisation de l’électricité produite. Chaque trimestre, les propriétaires des panneaux perçoivent leur part des revenus issus de la vente de cette électricité et peuvent suivre leur production en ligne.
Cette entreprise nous offre une excellente occasion de poursuivre notre série d’entretiens consacrée aux nouvelles formes de communautés solaires, à l’image des récentes CEL et des RCPv. Entretien avec Lukas Krienbuehl, membre de la direction et responsable de la communication et du financement participatif.
En quoi votre modèle diffère-t-il des RCPv ou des CEL ?
Solarify exploite déjà plusieurs installations solaires participatives — notamment dans les Grisons, à Berne ou en Suisse centrale — dont la stratégie de commercialisation repose sur le modèle des RCPv ou des CEL. Notre modèle permet à la population de participer activement à la transition énergétique en Suisse sans devoir posséder une maison individuelle ni construire sa propre installation.
En devenant propriétaires d’un ou de plusieurs modules installés sur un toit tiers, les investisseurs participatifs perçoivent tous les trois mois les revenus issus de la vente de leur électricité, directement sur leur compte bancaire. Les RCPv et les CEL constituent ainsi, parmi d’autres, des canaux permettant de valoriser l’électricité solaire produite par nos projets participatifs.
Le financement participatif pourrait-il constituer une bonne voie pour développer ces futurs modèles de production solaire ultralocale ?
Absolument. Nous sommes actuellement en discussion avec plusieurs communes qui souhaitent alimenter l’ensemble de leurs bâtiments publics en énergie solaire par l’intermédiaire d’une CEL. Associer une installation photovoltaïque et une batterie à un financement participatif citoyen constitue un modèle attractif pour développer une production solaire locale et la vendre localement.
Lors de la vague de chaleur de juin, les prix intrajournaliers de l’électricité sont par ailleurs restés élevés malgré un ensoleillement maximal.
Est-il vraiment encore possible d’obtenir un retour sur investissement sur de nouvelles installations solaires, alors que les pics de production estivaux sont de plus en plus importants et que les prix de l’électricité deviennent parfois négatifs ?
Oui, il reste tout à fait possible d’obtenir un retour sur investissement sur des installations photovoltaïques d’une certaine taille — comme pour notre premier projet en Valais romand, à Evionnaz — lorsqu’elles sont couplées à une batterie et à une gestion intelligente des flux d’électricité. L’association optimale entre production, autoconsommation et stockage est essentielle : elle permet de valoriser l’électricité au moment de la journée où sa valeur est la plus élevée, que ce soit sur place ou par injection dans le réseau.
Avec un système de gestion de l’énergie, il est possible, par exemple, de piloter la charge et la décharge de la batterie afin d’éviter les pics d’injection à la mi-journée. De plus, nos calculs de rentabilité intègrent déjà les fortes variations saisonnières et journalières des tarifs de reprise.
Lors de la vague de chaleur de juin, les prix intrajournaliers de l’électricité sont par ailleurs restés élevés malgré un ensoleillement maximal. Plusieurs centrales nucléaires ont en effet dû réduire leur production en raison de la température élevée des rivières en Suisse, alors que le niveau d’eau des barrages était bas.
Entre zones urbaines et rurales, dans quels contextes ces communautés solaires sont-elles les plus adaptées ?
La question centrale pour ces communautés solaires réside dans le profil des consommateurs locaux : qui utilise sur place l’électricité produite ? Pour l’une de nos installations participatives, il s’agit, par exemple, de l’ensemble des bâtiments d’une institution médico-sociale répartis dans un même quartier.
Dans d’autres cas, il peut s’agir d’une entreprise voisine située dans une zone industrielle, ou encore d’exploitations agricoles et d’habitants d’un même village. Différents contextes - urbains comme ruraux - peuvent donc se prêter à ce type de modèle, dès lors qu’il existe une demande locale suffisante et structurée.
Cette vision décentralisée de l’énergie solaire constitue-t-elle la meilleure solution pour l’avenir du photovoltaïque en Suisse ?
Consommer l’électricité localement constitue une approche pertinente : cela permet de réduire les pics d’injection dans le réseau et de mieux valoriser l’énergie produite localement. Cependant, cette solution n’est toutefois pas la panacée et ne peut pas s’appliquer de manière identique à toutes les installations à tous les cas de figure.
Quelles pourraient être les conséquences de ces communautés solaires sur le prix de l’électricité ?
Les CEL et les RCPv sont des mécanismes destinés à favoriser la consommation locale d’électricité. Tant que les rabais tarifaires accordés à ces communautés solaires resteront aussi modestes qu’en Suisse actuellement, leur impact sur le prix de l’électricité payé par le consommateur final, fixé annuellement par le fournisseur local, restera limité.
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