« En associant systèmes de gestion de l’énergie, production décentralisée et solutions de stockage, les facility managers disposent d’une opportunité stratégique : transformer leurs bâtiments selon le modèle du « building as a grid », estime Kamal Mehta, Product & Offer Manager EMEA chez Eaton.
Une récente étude de Harvard met en évidence des liens étroits entre l’essor des data centers et les énergies propres. Derrière les algorithmes se cache une réalité purement matérielle : une demande d’électricité qui explose et bouscule les réseaux et la transition énergétique.
« Alors que le nucléaire s’inscrit nécessairement dans le temps long, le photovoltaïque et les batteries relèvent d’une autre temporalité : celle des besoins auxquels nous devons répondre dès aujourd’hui », estime Richard Mesple, directeur général de Local Energy.
Smart building : comment valoriser ses investissements grâce à la gestion de l’énergie
« En associant systèmes de gestion de l’énergie, production décentralisée et solutions de stockage, les facility managers disposent d’une opportunité stratégique : transformer leurs bâtiments selon le modèle du « building as a grid », estime Kamal Mehta, Product & Offer Manager EMEA chez Eaton.
La hausse des coûts de l’énergie ne cesse d’accroître la pression sur les équipes chargées de la gestion et du bon fonctionnement des bâtiments (facility management). C’est précisément dans ce contexte que les technologies liées aux immeubles intelligents (smart buildings) peuvent générer des économies, voire de nouvelles sources de revenus. Les « facility managers » sont ainsi appelés à jouer un rôle clé dans l’atteinte des objectifs de neutralité carbone.
Rappelons que de nos jours, plus d’un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont directement liées au secteur du bâtiment. Les équipements tels que les systèmes CVC (chauffage, ventilation et climatisation) et les installations électriques contribuent fortement à ces émissions. Une électrification accrue du chauffage et de la climatisation, associée à des mesures ambitieuses d’efficacité énergétique, peut donc faire une réelle différence.
Adapter la consommation d'électricité
Alors que les facility managers font de la durabilité une priorité, ils doivent composer avec une concurrence croissante pour l’accès à l’électricité. Cette tension est alimentée par l’essor de la mobilité électrique et l’expansion rapide des data centers. Résultat : la hausse de la demande d’électricité dépasse bien souvent la capacité des réseaux et des fournisseurs d’énergie à garantir un approvisionnement stable et fiable.
La manière dont les équipes chargées de la gestion et du bon fonctionnement des bâtiments explorent des stratégies d’autosuffisance énergétique s’avère cruciale, notamment grâce à une nouvelle génération de systèmes de gestion de l’énergie. Ces systèmes ont considérablement évolué depuis leurs débuts, lorsqu’ils n’étaient encore que de simples outils de suivi.
En intégrant les données collectées par différents systèmes intelligents — capteurs IoT, compteurs ou encore systèmes de gestion technique du bâtiment (GTB) —, les facility managers disposent désormais d’une vision à 360° de la consommation énergétique des bâtiments. Celle-ci englobe plusieurs postes, comme l’éclairage, la CVC et les équipements électriques, sur un ou plusieurs sites. En consolidant un important volume de données détaillées, un système de gestion de l’énergie peut identifier des tendances de consommation et recommander des pistes concrètes pour améliorer l’efficacité énergétique.
Une étude menée en 2024 au Royaume-Uni confirme que le retour sur investissement arrive en tête des freins évoqués lorsqu’il s’agit de se lancer dans un projet de bâtiment intelligent.
Retour sur investissement
Cette meilleure visibilité sur la consommation actuelle et future permet également de répondre à une question clé : celle du retour sur investissement. Une étude menée en 2024 au Royaume-Uni auprès de 451 professionnels confirme que le retour sur investissement arrive en tête des freins évoqués lorsqu’il s’agit de se lancer dans un projet de bâtiment intelligent. Les systèmes de gestion de l’énergie peuvent justement contribuer à améliorer ce retour sur investissement, en renforçant l’autonomie énergétique d’un bâtiment et en réduisant ses coûts grâce à une utilisation plus efficace de l’énergie.
L’une des pistes consiste à valoriser financièrement les investissements réalisés dans des bâtiments équipés de moyens de production d’énergie sur site et de systèmes de stockage par batteries. De nouvelles sources de revenus peuvent ainsi être générées, améliorant le retour sur investissement du projet.
Pour les équipes chargées de la gestion et du bon fonctionnement de plusieurs bâtiments, des logiciels avancés et des technologies de communication permettent même de coordonner différentes ressources énergétiques décentralisées, telles que des panneaux solaires et des batteries. Celles-ci peuvent alors fonctionner comme une véritable centrale électrique virtuelle, capable de piloter de manière coordonnée et autonome l'offre et la demande d'énergie.
Un exemple concret
L’hôtel Florian, un établissement de 150 chambres aménagé dans un ancien immeuble de bureaux désaffecté près de l’aéroport de Schiphol, aux Pays-Bas, illustre bien ce qui est possible. En raison d’un raccordement limité au réseau électrique, l’hôtel utilise un système de gestion et d’optimisation de l’énergie associé à des panneaux solaires et à un parc de batteries installés sur site.
En stockant l’électricité provenant du réseau ou les surplus d’énergie renouvelable pendant les périodes creuses pour les restituer aux heures de forte demande, l’hôtel Florian ne dépasse désormais plus les plafonds prévus par son contrat d’électricité. L’énergie est notamment stockée la nuit, lorsque la demande est faible, puis utilisée en journée. L’électricité produite par les panneaux solaires est, quant à elle, en grande partie consommée directement sur place plutôt que stockée.
La déréglementation du secteur de l’électricité devrait permettre aux bâtiments de jouer un rôle plus actif en tant que producteurs d’énergie injectée sur le réseau.
Le dispositif s’est révélé suffisamment efficace pour permettre à l’hôtel d’alimenter neuf bornes de recharge pour véhicules électriques tout au long de la journée et d’en tirer des revenus. Au total, le système de gestion et d’optimisation de l’énergie lui a permis de réduire ses émissions de CO₂ de 15 tonnes par an. Reproduire le succès de l’hôtel Florian dépendra toutefois des conditions de marché, et notamment de la possibilité pour les exploitants de bâtiments de participer aux marchés de l’énergie.
La déréglementation du secteur de l’électricité devrait permettre aux bâtiments de jouer un rôle plus actif en tant que producteurs d’énergie injectée sur le réseau. Les politiques publiques encourageant le pilotage de la demande et le déploiement de systèmes de stockage seront, elles aussi, déterminantes. Elles favoriseront une adoption plus large des systèmes de gestion de l’énergie, capables d’optimiser la consommation ou de vendre de l’électricité lors des pics de demande.
En associant systèmes de gestion de l’énergie, production décentralisée et solutions de stockage, les facility managers disposent aujourd’hui d’une opportunité stratégique : transformer leurs bâtiments tertiaires ou publics selon le modèle du « building as a grid ». Cette démarche s'annonce gagnante pour concilier performance énergétique, décarbonation et rentabilité financière à long terme.
Une récente étude de Harvard met en évidence des liens étroits entre l’essor des data centers et les énergies propres. Derrière les algorithmes se cache une réalité purement matérielle : une demande d’électricité qui explose et bouscule les réseaux et la transition énergétique.
« Alors que le nucléaire s’inscrit nécessairement dans le temps long, le photovoltaïque et les batteries relèvent d’une autre temporalité : celle des besoins auxquels nous devons répondre dès aujourd’hui », estime Richard Mesple, directeur général de Local Energy.
« L’essor des énergies renouvelables et la réduction de notre consommation de pétrole et de gaz ont permis à la Suisse d’éviter 31 milliards de francs d’importations d’énergies fossiles au cours des quinze dernières années », souligne Pierrette Rey, porte-parole du WWF Suisse.