La transition énergétique n'est pas un coût, mais une opportunité économique

« L’essor des énergies renouvelables et la réduction de notre consommation de pétrole et de gaz ont permis à la Suisse d’éviter 31 milliards de francs d’importations d’énergies fossiles au cours des quinze dernières années », souligne Pierrette Rey, porte-parole du WWF Suisse.

La transition énergétique n'est pas un coût, mais une opportunité économique
Pierrette Rey, porte-parole du WWF Suisse.

Toute la Suisse vient de connaître un été marqué par des canicules record. Soudain, la crise climatique est prise au sérieux. Partis et organisations se livrent à une surenchère de revendications. Il est question de climatisation, de végétalisation ou encore d’aides d’urgence à l’agriculture. Sans nier l’importance de ces préoccupations, un sujet reste encore trop peu pris en compte : la sortie des énergies fossiles. Pour limiter les effets de la crise climatique, la transition vers les énergies renouvelables est en effet indispensable. Or, ces dernières années, les opposants à cette transition n’ont cessé de poser la même question : combien cela va-t-il coûter à la Suisse ?

La question paraît légitime. Installer des panneaux solaires, remplacer une chaudière à mazout par une pompe à chaleur ou acheter une voiture électrique représente en effet un investissement. Pourtant, cette manière de présenter le débat occulte une réalité essentielle : rester dépendants des énergies fossiles a également un coût. Et il est conséquent, puisque chaque année, nous dépensons environ 8 milliards de francs pour importer des carburants et des combustibles. Cette somme représente près de 1 000 francs par habitante et habitant et par année, alors même que les prix payés par les consommateurs helvétiques sont deux fois plus élevés.

Les calculs réalisés par le WWF Suisse le montrent clairement. Par rapport à un scénario sans transition énergétique, les progrès réalisés en matière d’efficacité énergétique, l’essor des énergies renouvelables et la réduction de notre consommation de pétrole et de gaz ont permis à la Suisse d’éviter 31 milliards de francs d’importations d’énergies fossiles au cours des quinze dernières années. Près de la moitié de ce montant, soit 14,7 milliards de francs, concerne les seules années 2022 à 2024.

La transition énergétique permet donc de réinjecter dans l’économie nationale des milliards de francs.

Pour donner un ordre de grandeur, cette somme de 31 milliards de francs dépasse de nombreuses dépenses majeures de la Confédération. Il ne s’agit ni d’une promesse pour demain ni d’un scénario théorique. Cet argent a déjà été investi dans la production énergétique locale ou tout simplement économisé.

Un soutien à l'économie suisse

Cette réalité mérite que l’on s’y arrête. Lorsqu’un ménage installe une pompe à chaleur ou améliore l’isolation de son logement, il réduit durablement sa consommation d’énergies fossiles. Lorsqu’une entreprise optimise ses processus ou qu’une personne opte pour les transports publics ou un véhicule électrique, la quantité de pétrole ou de gaz à importer diminue. À l’échelle du pays, l’effet cumulé devient considérable.

Car la Suisse possède une caractéristique que l’on a parfois tendance à oublier : elle n’extrait pas d’énergies fossiles de son sol et ne raffine elle-même qu’une faible part du pétrole qu’elle consomme. L’activité économique liée aux énergies fossiles se concentre donc essentiellement sur le stockage et la distribution, et la valeur créée sur le territoire reste limitée. À l’inverse, les investissements dans les énergies renouvelables permettent de créer davantage de valeur en Suisse.

Une installation photovoltaïque, une pompe à chaleur ou une borne de recharge doivent être conçues, installées, entretenues et exploitées. Elles mobilisent des entreprises locales, des artisans qualifiés, des ingénieures et ingénieurs, ainsi que de nouveaux savoir-faire. En outre, une pompe à chaleur ou une voiture électrique peuvent être alimentées par de l’électricité produite par sa propre installation photovoltaïque, celle des voisins ou une centrale électrique, presque toujours située dans notre pays.

L’argent reste ainsi davantage dans l’économie nationale, au lieu d’alimenter les bénéfices des multinationales pétrolières. La transition énergétique permet donc de réinjecter dans l’économie nationale des milliards de francs. Elle contribue également à renforcer notre indépendance énergétique et à nous rendre moins vulnérables aux crises géopolitiques, aux guerres et aux fluctuations des marchés mondiaux. L’explosion des prix après l’invasion de l’Ukraine par la Russie a brutalement rappelé cette réalité à de nombreuses familles et entreprises.

La transition énergétique n’est pas le problème économique que certains décrivent encore, mais bien une partie de la solution.

Réduire notre impact sur le climat

La transition énergétique n’apporte pas seulement des bénéfices sur les plans économique et sécuritaire. Elle réduit également la pollution atmosphérique et contribue à limiter les effets du dérèglement climatique. Les épisodes de canicule, les sécheresses ou les inondations que nous observons aujourd’hui ne sont plus des risques lointains. Ils entraînent déjà des conséquences humaines et financières bien réelles.

Cela ne signifie pas que la transition est achevée. Les énergies fossiles représentent encore 58 % du mix énergétique suisse. Notre dépendance demeure donc importante. Mais l’idée selon laquelle la transition serait essentiellement une charge économique ne résiste plus aux faits.

Au fond, le véritable choix n’est pas entre payer ou ne pas payer, mais de savoir où nous voulons que notre argent aille. Souhaitons-nous continuer à envoyer chaque année des milliards à l’étranger pour acheter le pétrole et le gaz dont dépend encore notre prospérité ? Ou préférons-nous investir dans des solutions qui renforcent notre autonomie énergétique, créent de la valeur en Suisse et protègent le climat dont dépend notre avenir et celui des générations futures ?

Les 31 milliards de francs déjà économisés apportent un début de réponse. La transition énergétique n’est pas le problème économique que certains décrivent encore. Une partie de la solution est déjà sous nos yeux. Poursuivons sur cette voie.

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