« Il faut définir ce qui constitue un investissement durable et ce qui n’en relève pas »

Entretien avec Michel Kulak, directeur adjoint de la recherche en investissement durable chez Robeco.

« Il faut définir ce qui constitue un investissement durable et ce qui n’en relève pas »
Michel Kulak, directeur adjoint de la recherche en investissement durable chez Robeco.

En cette journée inaugurale de la septième édition de Building Bridges, on boucle notre série d’entretiens sur la finance durable en abordant cette thématique au cœur de la manifestation genevoise. En ce début d’automne, après un été caniculaire et ultra-sec, la durabilité devrait figurer parmi les priorités des banques et, plus largement, du monde financier. Est-ce vraiment le cas ? On tente de répondre à cette question avec l'aide de Michel Kulak, directeur adjoint de la recherche en investissement durable chez Robeco. Interview.

Comment se porte la finance durable en cette période où le président de la première puissance mondiale présente le changement climatique comme la plus grande arnaque de l’histoire ?

Heureusement, cet aspect de durabilité dans la finance ne dépend pas de l’opinion d’un chef d’État, quel qu’il soit. Nous observons ainsi des flux nets positifs, soutenus par de bonnes performances. Le marché gagne en maturité : il ne disparaît pas. Les clients posent aux gérants des questions plus approfondies sur les titres détenus dans leur portefeuille, une évolution que j'estime plutôt positive.

L’été exceptionnel de 2026 (canicule, sécheresse, etc.) pourrait-il contribuer à réorienter les investissements vers une finance plus durable ?

Alors que les questions de défense et de sécurité occupent actuellement le devant de la scène en Europe, les vagues de chaleur et les sécheresses rappellent effectivement que le changement climatique et les autres enjeux environnementaux n’ont pas disparu.

Certains de vos confrères estiment que la finance durable a atteint une forme de maturité et qu’elle s’est, d’une certaine manière, démocratisée. Partagez-vous ce sentiment ?

Oui, c’est bien le cas. Mais le degré d’approfondissement de cette démarche varie. Les clients posent des questions plus pointues, ce qui permet de distinguer les investisseurs expérimentés en matière d’investissement durable des autres acteurs du marché.

Les décisions d’investissement doivent s’appuyer sur la recherche, en particulier dans le domaine de la finance durable. Il faut définir clairement ce qui constitue un « investissement durable » et ce qui n’en relève pas.

Comprendre l’exposition réelle des entreprises aux questions de durabilité permet de déceler une valeur qui, autrement, pourrait passer inaperçue.

Comment convaincre d’investir de manière plus durable dans le contexte actuel ?

En apportant une expertise ainsi que l’assurance que l’intégration des enjeux de durabilité permet d’obtenir de meilleurs rendements ajustés du risque. Encore faut-il s’y prendre de la bonne manière : il s’agit moins de s’appuyer sur des exclusions et des labels que de comprendre en profondeur les risques et les opportunités auxquels les entreprises sont exposées et qui n’apparaissent pas immédiatement dans leurs états financiers.

Quels secteurs présentent un réel potentiel pour les années à venir ?

Le changement climatique, la perte de biodiversité et les atteintes aux droits humains persistent et s’aggravent. Comprendre l’exposition réelle des entreprises à ces enjeux permet de déceler une valeur qui, autrement, pourrait passer inaperçue.

Actuellement, il serait par exemple judicieux d’investir tout au long de la chaîne de valeur de solutions telles que l’électrification, la mobilité durable ou le traitement de l’eau et des déchets. Toutefois, toutes les technologies ne sont pas viables sur les plans économique et technique. Il faut donc ne pas hésiter à faire appel à des experts ayant une connaissance approfondie des secteurs et des technologies pour distinguer les entreprises qui bénéficient d’un véritable avantage concurrentiel de celles qui s'accrochent à de fausses solutions.

Il arrive toutefois que le marché évalue mal les risques liés à des controverses en matière de durabilité. Le risque perçu peut différer du risque réel, notamment lorsque les informations publiées sont insuffisantes. Une connaissance approfondie des secteurs permet donc d’identifier des opportunités dans de telles situations.

L’intelligence artificielle sera-t-elle un atout ou une nuisance pour la finance durable ?

Un atout. Avec un encadrement adapté, elle améliore l’efficacité des processus d’investissement, ce qui permet d’approfondir les recherches, d’élargir leur champ et de repérer des opportunités intéressantes. Elle accélère également les avancées dans des secteurs qui contribueront à relever les défis de la durabilité. Le défi réside dans la hausse des besoins énergétiques à court terme, avec pour risque éventuel de retarder l’électrification et la décarbonation de nos modes de vie.

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